Article du Monde et position de la CP-CNU suite au projet d’arrêté doctoral

Ci-joint le communiqué du bureau la CP-CNU sur les « dangers du projet d’arrêté relatif au diplôme national de doctorat » : CPCNU Communique projet d’arrete Doctorat

 

Et ci-dessous un article du Monde :

La bataille du doctorat ne fait que commencer

LE MONDE | 02.06.2015 à 10h27

Article à retrouver sur : http://www.lemonde.fr/education/article/2015/06/02/la-bataille-du-doctorat-ne-fait-que-commencer_4645495_1473685.html#eBF1ZxHMx2stVKhx.99

« La refonte du doctorat ne sera pas au menu de la prochaine rentrée universitaire. Le premier projet d’arrêté doctoral, qui a fuité au début du mois d’avril, a suscité trop de réactions négatives de la part des chercheurs, des présidents d’université et des syndicats. Notant « des réactions contradictoires sur des sujets polémiques », l’entourage de la ministre de l’enseignement supérieur reconnaît qu’« il faut se donner un peu plus de temps ».

Le sujet le plus brûlant est la reconnaissance des acquis de l’expérience. Déjà autorisé de façon exceptionnelle, ce dispositif consiste à délivrer le doctorat à des chercheurs n’ayant pas de master. Or, certains craignent que le projet d’arrêté l’élargisse sans trop de précaution, ce qui conduirait à délivrer des diplômes au rabais. « La validation des acquis de l’expérience [VAE] est séduisante sur le principe, mais il faut renforcer la qualité, et ne pas donner le sentiment qu’on brade le doctorat », admet-on au ministère.

L’objectif affiché du gouvernement est de valoriser ce diplôme à bac + 8. La France, qui forme ses élites dans les grandes écoles, compte en effet deux fois moins de docteurs que ses voisins. Or le doctorat est la référence en matière de recherche en Europe et à l’international. Certes, la situation évolue : les grandes écoles font de plus en plus de recherche et se rapprochent des universités à travers les Communautés d’universités et d’établissements (Comue).

« La validation des acquis n’est pas suffisamment encadrée »

Mais des cadres, des ingénieurs ou des hauts fonctionnaires souhaiteraient pouvoir obtenir ce grade afin de faciliter leur carrière. Or, le projet d’arrêté apparaît trop complaisant à beaucoup. « La VAE n’est pas suffisamment encadrée, ce qui permet des mauvaises pratiques et le détournement du diplôme de doctorat auquel il serait possible d’accéder sans justifier d’une expérience professionnelle de recherche équivalente à celle aujourd’hui en vigueur », souligne Juliette Guérin, porte-parole de la Confédération des jeunes chercheurs.

Pour Sylvie Pommier, chargée de mission pour la mise en place du collège doctoral de la Comue Paris-Saclay, ce projet d’arrêté est « un peu léger » sur la VAE. « Le doctorat, rappelle-t-elle, est défini par la loi comme une expérience professionnelle de recherche – qui peut être reconnue par la VAE –, mais à laquelle s’ajoute obligatoirement la présentation de travaux de recherche originaux, qui s’impose à tous. Cela doit au minimum être précisé. » Enfin, Olivier Nay, vice-président de la Commission permanente du Conseil national des universités, redoute que le doctorat ne soit plus « une contribution savante de haut niveau, mais un diplôme bac + 8 adapté aux demandes professionnelles ».

Les discussions vont donc continuer. Et ce, d’autant plus que d’autres points du projet d’arrêté ont soulevé l’inquiétude. Comme la limitation de la durée de la thèse de doctorat à trois ans, jugée trop stricte par certains. L’UNEF souligne que la durée moyenne des thèses est de quatre ans et deux mois. « Je trouve que quatre ans seraient plus adaptés. En sciences exactes et expérimentales, du coup, on ne termine pas les recherches, explique David Monniaux, directeur de recherche au CNRS, chercheur à l’université de Grenoble. Et on indique à quel point on s’est arrêté au bout de trois ans. C’est admis dans ma discipline : l’informatique. Mais en sciences humaines et sociales notamment, ça ne passe pas. Et faire une thèse de philosophie en trois ans, ça peut même être, en soi, un symbole de mauvaise qualité. »

« Diversité des situations »

Plus généralement, les présidents d’université jugent certaines dispositions trop uniformes, trop lourdes ou trop détaillées : « Le ministère fait comme si l’autonomie des universités n’existait pas, s’agace Pierre Mutzenhardt, président de l’université de Lorraine. Le projet est très normatif. On a certes besoin d’un cadrage commun, mais pas que le texte entre à ce point dans les détails. »

Les représentants des grandes Comue de recherche Paris Sciences et Lettres (PSL) et Paris-Saclay, Thierry Coulhon et Dominique Vernay, ont écrit au ministère pour demander une série d’adaptations et plus de souplesse. Ces deux regroupements rassemblent 9 300 des 70 000 doctorants en France. « Il faut un niveau de subsidiarité – la Comue ou le collège doctoral – pour exercer une régulation fine tenant compte de la diversité des situations, plaide Thierry Coulhon, président de PSL. L’Etat fixe les exigences, accrédite les établissements, qui doivent être transparents sur ce qu’ils font, et doivent être évalués a posteriori. »

Le paradoxe principal du texte demeure cependant de vouloir ouvrir, par la VAE, l’accès au doctorat à des personnes en emploi, alors que les docteurs sont peu reconnus sur le marché du travail. Pour les universitaires, le doctorat doit être reconnu comme une première expérience professionnelle, et l’Etat leur ouvrir les grands corps. « On forme six fois plus de docteurs qu’il n’y a de recrutements dans l’enseignement supérieur et la recherche. L’immense majorité n’obtiendra pas d’emploi, indique M. Monniaux. Le problème c’est qu’on maintient dans la précarité un grand nombre d’entre eux qui envisagent leur reconversion professionnelle à 35 ans quand il est difficile et tard pour se projeter dans un nouveau projet. »

« Les entreprises devraient inscrire le doctorat dans les conventions collectives, ajoute Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université. Quant à nous, nous devons améliorer la préparation à la vie professionnelle dans les écoles doctorales. » Après l’arrêté, une autre bataille pourrait donc débuter.

Adrien de Tricornot »

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