Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

AccueilDossiersEnseignement Supérieur et RechercheActualités → La nouvelle rigueur budgétaire dans la (...)

La nouvelle rigueur budgétaire dans la recherche

Diffusé par l'ANCMSP le dimanche 8 août 2010 · Imprimer

La recherche se dirige vers une nouvelle période d’appauvrissement de ses ressources, alors que l’État et le secteur privé se refusent actuellement à y investir à la hauteur des ambitions nationales.

L’ANCMSP rappelait récemment, en évoquant la situation préoccupante de l’emploi des docteurs en France, que cette situation s’explique notamment par le sous-investissement du secteur privé dans la R&D. Le financement des recherches universitaires par les entreprises en France est très faible, et ne va pas vers le mieux.

L’effort de l’État dans la recherche est également en-deçà de ses propres promesses. On le sait au moins depuis le rapport Audier-Douillard : alors même que Nicolas Sarkozy promettait, lors de sa campagne présidentielle, d’amener la France vers les 3% de PIB que l’Union européenne recommande à ses États-membres d’investir dans la recherche, la dépense intérieure de R&D n’a pas décollé des 2%, classant la France dans les pays européens qui investissent le moins dans la R&D. L’ANCMSP avait déjà émis des observations similaires lors de son examen du projet de loi de finances 2010, où l’on évoquait également l’échec du crédit impôt recherche dans la relance de la recherche privée.

Cette situation de sous-investissement va s’aggraver dans les années à venir. Bertrand Monthubert, secrétaire national du Parti socialiste à l’enseignement supérieur et la recherche, a récemment publié un aperçu de ce qui se profile à l’horizon pour la recherche scientifique en France :

Lors du plan de relance de 2009, des sommes ont été allouées à l’enseignement supérieur et à la recherche. Mais il va s’ensuivre une reprise de ces crédits, de 450 millions d’euros sur les 3 prochaines années. C’est donc bien de la rigueur : alors que la reprise n’est toujours pas au rendez-vous, le gouvernement tire un trait sur la relance, et cela affecte directement l’enseignement supérieur et la recherche.

Par ailleurs, les prévisions budgétaires de 2011 à 2013 montrent une quasi-stagnation du budget de la Mission Interministérielle de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (MIRES) (+0,8% par an). Avec une inflation de l’ordre de 1,5% et une croissance projetée par le gouvernement à 2,5% en 2011, l’augmentation du PIB en valeur serait donc de l’ordre de 4% en 2011. Or l’objectif affiché par la France depuis des années est de porter l’intensité de recherche, mesurée en pourcentage du PIB, à 3%. Nous allons en fait régresser à nouveau dans les années qui viennent. Il s’agit bien de rigueur, d’austérité, mais surtout de déclin.

Dernier point, l’emploi scientifique et le soutien aux étudiants. Dans un contexte de crise, de marché du travail en souffrance, il faut développer la formation. Cela nécessite un investissement en ressources humaines dans l’enseignement supérieur, ce qui est bloqué par le gouvernement qui préfère payer un bouclier fiscal représentant des milliers d’emplois scientifiques. Il faut aussi faciliter l’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur. Or la mesure de restriction sur l’aide au logement des étudiants vient grever leur capacité à poursuivre des études, tout comme le report perpétuel de la promesse d’octroi d’un 10ème mois de bourse aux boursiers. Rigueur, là aussi. [1]

Cette situation de rigueur budgétaire n’épargne naturellement pas l’enseignement supérieur, qui souffrira, comme de la recherche, des réductions de postes de fonctionnaires prévues par la RGPP [2], réductions gelées par décision ministérielle pour cette année suite à la mobilisation exceptionnelle des enseignants-chercheurs en 2009, mais qui vont reprendre dans la plus grande discrétion dès l’année prochain, en supprimant les postes lors des départs à la retraite.

Le salut devra venir, pour l’enseignement supérieur et la recherche, des universités, rendues “autonomes et responsables” par la LRU. Ces universités ont désormais pour mission de se regrouper en PRES, de créer leurs fondations (à grands renforts de cabinets de consultants), et d’attirer les investissements par leurs anciens élèves, tout en réalisant des économies d’échelle sur leurs personnels administratifs et sur leurs personnels enseignants, dans le cadre d’une gestion souple, “libérée” des corporatismes grâce aux “responsabilités et compétences élargies” (RCE) du président d’université et de son conseil d’administration, désormais parents d’une politique universitaire “autonome et responsable” que leur enseigne… l’État. La managérialisation avance en effet grâce aux hauts fonctionnaires chargés de convertir les universités à la nouvelle gestion publique, comme le montre cet ambitieux rapport de l’Inspection Générale de l’Administration, de l’Éducation Nationale et de la Recherche (IGAENR), “La modernisation de la gestion publique : un levier pour l’autonomie des universités”.

Le récent rapport Aghion recommande certes tout l’inverse de ce qui se passe en ce moment. D’une part, le rapport recommande d’augmenter substantiellement les moyens dévolus à l’enseignement supérieur et à la recherche, et pas simplement de charger les universités de récupérer ce qu’elles arriveront à arracher à leur tissu socio-économique local ; d’autre part, le rapport, pourtant écrit sur une ligne jugée sympathique aux orientations ministérielles, ne croit pas du tout dans la gouvernance “autonome” des universités telle que définie par le gouvernement, et se prend à rêver d’une “autonomie réelle” (Mai 68 ne nous quittera décidément jamais) pour ces mêmes structures.

L’enseignement supérieur et la recherche est en crise budgétaire aiguë depuis 2004, époque à laquelle le mouvement Sauvons La Recherche (SLR) avait déjà donné l’alerte ; ce même mouvement est aujourd’hui accusé par le président de la République de ne plus être actif. Effectivement, si la France décide, dans les années qui viennent, de diriger sa recherche vers l’austérité permanente, il n’y a aura bientôt plus grand chose à sauver.

[2Révision Générale des Politiques Publiques.