Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

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2006 03 21 : réponse du bureau ANCMSP à lettre ouverte

Diffusé par l'ANCMSP le mardi 30 octobre 2007 · Imprimer

Sujet : [ancmsp] réponse du bureau ANCMSP à lettre ouverte
Date : Tue, 21 Mar 2006 05:30:11 -0800 (PST)
De : ANCMSP ANCMSP
Pour : liste Apinc

Le bureau de l’ANCMSP a reçu le vendredi 17 mars à
21h24 une lettre ouverte qui lui était adressée par un
certain nombre de doctorants. La plupart des membres
du bureau étant, comme beaucoup, mobilisés contre le
CPE dans leurs universités respectives, nous
souhaitions attendre ce début de semaine avant de la
rendre publique. Nous nous félicitons néanmoins que
les auteurs de ce courrier aient devancé le temps de
réaction de bénévoles pris dans leurs différentes
activités militantes et professionnelles. Ces
doctorants posent beaucoup de questions, voici donc
nos réponses.

1/ Sur la question de la durée des thèses : Il est
reproché au bureau de se faire les chantres d’une
harmonisation de la durée des thèses sur le modèle des
sciences dures. Pire, de ratifier et de donner son
blanc seing au processus du LMD. Si le Bureau de
l’ANCMSP s’est toujours mobilisé contre les dérives de
la réforme LMD (marchandisation des savoirs...), il a
cependant été obligé de prendre acte de cette réforme
dans ses principes pour les niveaux L et M. Concernant
plus précisément le D du LMD, le bureau a
effectivement formulé des propositions visant à
réduire le nombre des années passées en thèse et ce
pour les raisons suivantes :

- Premier élément de réponse qui justifie de ce choix,
la loi elle-même définit la durée des thèses non pas
de manière diversifiée mais de la manière la plus
bureaucratique qui soit comme étant de trois ans. Sans
se faire les justificateurs de la force du droit et de
l’inéluctabilité de cette durée de trois ans, il
importe de constater qu’en l’état des rapports de
force (que l’on estime souhaitables ou pas…) les
logiques de financement de la recherche sont calées
sur cette durée. De ce fait, tout décalage entre la
durée des thèses prescrites et réelles n’est pas sans
effet sur les conditions d’existence et de travail des
doctorants. Prenons le cas d’un doctorant financé qui
dispose déjà de nombreuses facilités (ayant traits à
sa subsistance) pour assurer son travail. Si au lieu
de passer trois ans sur son terrain et sur la
rédaction, il en passe quatre ou cinq, se pose d’abord
la question du financement de sa fin de thèse.
Assedics, libéralités, contrat d’ATER s’il fait partie
des 85 privilégiés au niveau national... qui
rallongent d’autant la durée de la thèse. D’autre
part, les modes de financement qui étaient prévus pour
l’attente de postes éventuels (ATER avant que leurs
usages ne soient dévoyés par les pratiques
universitaires en sciences sociales et en biologie
notamment) sont épuisés. Dès lors la question à
laquelle ne répondent pas les auteurs de cette lettre
ouverte est la suivante : sur quelles ressources un
docteur peut-il se permettre d’attendre qu’un poste
lui soit attribué dans un marché du travail qui
privilégie aujourd’hui les profils de « précaires »
plus expérimentés et où l’attente de poste (et les
moyens de l’attente) constitue une vertu en soi pour
certains docteurs ayant fait une « bonne thèse » qui,
à la manière du vin, se bonifieraient avec l’âge ?
Pour ce docteur s’ouvrent alors plusieurs possibilités
qui varient en fonction de sa position et de son
intégration dans des réseaux. Ou il décroche un
contrat de type post-doc (peu nombreux) ou ANR
(également peu nombreux) ou une libéralité (plus
nombreuses). Mais la plus grande partie rejoint le
bataillon des chômeurs-docteurs sans poste. Le modèle
de la thèse en 5-6 ans s’appuyait sur celui de la
thèse d’Etat (10 en moyenne) qui bénéficiait de
financements en rapport, notamment par le statut
d’assistant. Tel n’est plus le cas. Et le bureau - à
la suite de longs débats - ne s’est pas vu en position
d’encourager les thèses et attentes de poste financées
sur Assedic et libéralités. En revanche nous militons
pour que les financements puissent s’étendre jusqu’à 4
ans en cas de terrain particulièrement difficiles.

- Deuxième point de la réflexion qui justifie de notre
position, notre rencontre avec d’autres doctorants
dans diverses disciplines nous a persuadé que le fait
d’invoquer une spécificité qui justifierait une durée
plus longue en sciences sociales n’avait guère de
sens. Il nous semble qu’une telle spécificité que se
plaisent à fantasmer les auteurs de cette lettre en
écrivant que « l’observation du monde social ne
s’apparente que de très loin à un travail en
laboratoire, soumis à des procédures davantage
routinisées », fait preuve d’une méconnaissance des
procédés de recherche en sciences dures, qui ne se
ressemblent d’ailleurs pas du tout selon les
disciplines… Cela revient à penser que les thèses de
sciences dures obéissent à une logique unifiée et se
réduisent dans tous les cas à une absence de terrain
qui laissera dubitatif tout spécialiste de l’écologie,
des écosystèmes, de la physiologie par exemple.

- Troisième point : penser la recherche dès le niveau
Master. On nous reproche de vouloir abandonner des
objets de recherche. Que l’on nous dise quel objet de
recherche ne peut pas être étudié en 3 ans, voire 5 si
dans les logiques du LMD, les masters deviennent des
véritables lieux de recherche ? Par ailleurs la thèse
n’est plus l’œuvre d’une vie, c’est de plus en plus le
début d’une carrière dans laquelle par la suite
d’autres objets peuvent être investigués. La thèse est
désormais conçue comme une période de formation aux
métiers de la recherche et non le « chef d’oeuvre » du
Compagnon. Elle constitue un travail de recherche
préliminaire qui doit faciliter l’intégration
professionnelle du docteur, alors que dans le modèle
des thèses longues, l’intégration était faite dès
l’entrée en thèse. Nous nous étions prononcés en
faveur d’une décharge des maîtres de conférence en
terme d’heures de cours et les Etats généraux avaient
repris cette idée dans un rapport auquel la loi n’a
pas donné suite.

2/ Sur le reproche du couplage durée des thèses et
revendication des financements. Pour ce qui est des
financements, nous ne couplons pas forcément la
demande au niveau intellectuel, mais nous sommes
favorables à la fois à une hausse des financements et
également une baisse de la durée des thèses. Notre
regard est sans doute perverti par une pratique de
négociations au sein d’instances de décisions qui nous
apparaissent comme centrales (les Ministères, SLR, le
CIP, la CJC)... Nous croyons néanmoins qu’il peut être
opportun de lier les deux points dans une stratégie de
négociation au sein de telles institutions. Nous
plaidons en effet pour la mise en place d’une thèse
qui serait davantage ajustée aux moyens de sa
réalisation (si trois ans de financement, une thèse en
trois ans…) que nous souhaiterions voir s’apparenter
en effet à un mémoire de master recherche plus abouti,
mais pas forcément superficiel. Car si les mémoires de
master recherche sont superficiels et dépourvus de
capacités d’analyse et de critique, cela peut laisser
d’ailleurs plus que dubitatif sur la qualité des
thèses qui seront réalisées ensuite. Dès lors, le
critère financier matérialisé par la durée de
financements devient le critère qui limite à l’avance
la durée d’une enquête de terrain. Il faudrait alors -
et c’est tout notre combat - faire évoluer les
mentalités des évaluateurs du CNU pour qu’ils aillent
davantage en ce sens. Mais les résistances et la
conservation d’un statu quo par des doctorants qui se
plaisent à se tirer des balles dans le pied n’augurent
pas d’une grande capacité d’accueil de nos
propositions au sein du CNU.

Il est d’ailleurs significatif que les doctorants à
l’origine de cette lettre ouverte reprennent à leur
compte l’argument de la qualité scientifique renvoyé
par le CNU - qui est la légitimation en acte de la
lutte des places justifiant le statu quo - quand ils
disent douter du fait que l’on puisse « se constituer
un dossier suffisamment "compétitif" et "solide" aux
yeux des différents jurys et commissions de
recrutement : comment à la fois multiplier les
expériences d’enseignement, produire des articles de
qualité et en quantités toujours plus grandes,
travailler sur des objets autres que celui de la
thèse, suivre des séminaires, assister et participer à
des colloques, éventuellement partir à l’étranger pour
élargir son horizon intellectuel, et surtout produire
un travail de thèse apportant une réelle contribution
au savoir, le tout en trois ans ? ». Notre objectif
est de forcer (y compris peut-être par des recours au
Tribunal administratif) les directeurs de thèses et
les évaluateurs à revoir leurs exigences scientifiques
au gré des moyens accordés à la recherche. Nous
dénonçons également ceux qui font de l’esclavagisme
amical en mettant à contribution des doctorants sans
les rémunérer sur des contrats de recherche en misant
sur des logiques de dévouement à « la science » et de
constitution de son dossier. Ce décalage pointé entre
les exigences et la pratique, nous en sommes
conscients et nous le trouvons de moins en moins
tenable par des titulaires soi-disant soucieux de
notre avenir professionnel. Ce qui produit de la
précarité, c’est l’absence de régulation collective de
ce marché du travail. La phase d’apprentissage nous
semble être une phase amplement suffisante pour
recruter un chercheur débutant puisque la thèse est
autant une contribution scientifique qu’une opération
de sélection. Nier cet aspect en se drapant dans des
habits « scientistes » revient d’ailleurs à justifier
l’absence de régulation du marché du travail et à
ériger comme règle le darwinisme social et les
difficultés de réorientations sur d’autres marchés du
travail que ne manque pas de provoquer l’allongement
de la durée des thèses. Il devient en effet de plus en
plus illusoire de considérer que tous les doctorants
trouveront un poste dans le monde académique. Le « 
dossier » du docteur, dont la thèse fait partie, doit
prendre en compte cet élement. Là encore, un
investissement trop long dans la préparation de la
thèse handicape les chances de valoriser leur travail
de doctorat dans d’autres milieux professionnels. Si
tous les doctorants étaient destinés à entrer dans le
monde académique, alors oui à la concurrence par la
thèse longue. Mais la réalité est que la très grande
majorité des docteurs ne seront ni MCF, ni CR.

3/ Enfin, ces doctorants croient bon de finir par une
leçon de militantisme. Ils admettent « volontiers que
l’ANCMSP n’ait jamais souhaité une telle réforme et
qu’elle puisse la regretter sincèrement. Mais doit-on
se contenter de l’envisager mollement comme "un état
de fait, peu susceptible d’être modifié dans
l’immédiat et dont il nous faut gérer les
conséquences", alors que ses effets attendus sont
inacceptables en regard des conditions très précaires
dans lesquelles se trouvent actuellement nombre de
doctorants ? » et nous invitent « à négocier fermement
pour faire avancer notre cause, même à petits pas,
dans l’intérêt de tous les doctorants et autres
candidats aux métiers de la science politique -
thésards sans financement, allocataires, ATER,
docteurs sans postes… Si la politique est une question
de rapports de force, ne vaut-il pas la peine de
mobiliser tous les moyens dont nous disposons encore
contre la politique gouvernementale, qui semble une
des plus menaçantes pour la recherche depuis
longtemps, plutôt que de se contenter de "gérer les
conséquences" de celle-ci ? ». Nous souhaitons ici
rappeler que l’ANCMSP a participé aux négociations des
Etats généraux de la recherche, qu’elle s’est
mobilisée avec SLR sur la question de la loi sur la
recherche et qu’elle continue d’agir dans le souci
d’améliorer les conditions des doctorants et de
l’avenir des docteurs. Mais il est effectivement
toujours possible de s’investir davantage. Que ceux
qui souhaitent voir l’ANCMSP être encore plus efficace
sur ses terrains de lutte la rejoignent, le travail ne
manque pas !

Le bureau