I – ATER UN JOUR, PRÉCAIRE TOUJOURS
Alors que la campagne pour le recrutement des Attaché·es (trop) Temporaires de Recherche et d’Enseignement (ATER) touche à sa fin, le bureau de l’ANCMSP est révolté par la dégradation continue des conditions de recrutement et de travail pour celleux qui sont privé·es de poste.
En SHS, où 70 % des thèses durent plus de cinq ans, le recours à un poste d’ATER est une nécessité matérielle afin de maintenir un revenu, et cela d’autant plus que les droits au chômage ont été réduits de 24 à 18 mois. Pour les collègues privé·es de financement doctoral, l’ATER constitue souvent le premier véritable contrat de travail dans l’ESR leur permettant de s’extraire enfin des vacations, des boulots alimentaires ou du RSA (650€/mois).
L’ATER nous est présenté comme le Saint Graal que l’on ne saurait refuser. Après tout, pour les collègues recruté·es, nous voilà enfin reconnu·es comme « attaché·es » – certes temporairement – à notre profession pourtant bien réelle depuis notre première année de doctorat : enseignant·e-chercheur·e. Pourtant, l’ATER est désormais bien moins payé que le contrat doctoral (-100€/mois), alors qu’il nécessite pourtant des qualifications et une expérience supérieures (dernière année de thèse ou docteur·e).
Dès le mois de janvier, les doctorant·es et docteur·es sans poste mettent en suspens l’écriture de leur thèse pour consacrer une grande partie de leur journée, pendant plusieurs mois, à préparer jusqu’à plusieurs centaines de candidatures pour espérer obtenir un poste aux conditions d’exercice plus que dégradées.
Si nous avons la « chance » d’être retenu·es, considérant la rareté des postes, il nous faudra probablement déménager, de manière urgente, temporaire, contrainte et difficile. Si nous optons plutôt pour des allers-retours en train, trop d’universités ne prennent toujours pas en charge ces frais (malgré les obligations légales), qui s’ajoutent à la vulnérabilité sociale et professionnelle de cette situation.
II. LA CAMPAGNE DU MÉPRIS
Se plaindre du mille-feuille administratif qu’implique la campagne d’ATER est devenu un lieu commun à l’université. Une plateforme centralisée comme Galaxie semblait être un bon début vers une standardisation et une plus grande transparence des procédures de recrutement. Pourtant, celles-ci demeurent bien souvent extrêmement fastidieuses et opaques :
- À chaque université, sa propre plateforme où le·la candidat·e doit se créer un profil – mais sans oublier de candidater via Galaxie.
- Dossier téléchargeable sur Altaïr laissés vides par l’université (Paris-Dauphine – PSL, Université de Versailles Saint-Quentin, et d’autres…).
- Absence d’informations basiques : durée des contrats, date de décision du jury, et type de contrat (mi-temps ou temps plein).
- Des modes de sélection quasiment jamais explicités.
- Attention également aux universités sournoises qui ne publient pas leur offre sur Galaxie : une vigilance constante est ainsi requise de la part des candidat·es.
À cela s’ajoutent les exigences toujours plus élevées des dossiers scientifiques : en plus du CV, il est parfois exigé de fournir un résumé ou un plan de thèse, voire d’envoyer un ou plusieurs chapitre(s) rédigé(s), ou même de fournir un « projet de recherche », que tout le monde sait être bidon. Et ne parlons pas de la deuxième campagne qui vient de commencer, qui plongera de nombreux·ses candidat·es dans l’attente d’un éventuel coup de fil jusqu’à la fin de l’été.
III. LA CRÉATIVITÉ DE L’EXPLOITATION
L’ANCMSP s’inquiète tout particulièrement de la multiplication des contrats d’ATER de moins de 12 mois – que ce soit en rognant un ou deux mois d’été ou en proposant un ATER sur un seul semestre. En voici deux exemples particulièrement scandaleux :
1. Prix « à cheval dans l’abus » : ATER 6 mois temps plein d’octobre à mars. Parce que bon, pourquoi faire un contrat d’un an si on a juste besoin d’une machine de cours à coincer entre les deux semestres. Pour la créativité, on remercie l’Université de Lille et son département des sciences sociales, le CLERSE et le CERIES.
2. Prix « Un semestre peut en cacher un autre (ou pas) » : comme à l’UFR Droit et Science Politique de l’Université de Nantes, qui a ouvert un poste d’ATER à temps plein … mais sur six mois seulement. Si vous êtes polyvalent·es, vous pouvez peut-être espérer décrocher un contrat similaire en droit pénal pour le semestre 2.
N’hésitez pas à nous faire remonter d’autres dingueries de ce genre, en attendant nous rappelons ici les revendications de l’ANCMSP :
Mesures pansement :
- Faire appliquer la réglementation sur le remboursement des frais de transport.
- Augmenter le salaire des ATER à 2000€ net (comme le demande la CGT Doctorant·es).
- Faire commencer tous les contrats doctoraux au 1er septembre pour les aligner avec l’année universitaire et les recrutements en ATER.
- Harmoniser la transparence pleine et entière des candidatures
Mesures de fond :
- Réévaluer la rémunération du contrat doctoral (a minima pour atteindre 1,5 SMIC = 2700€ bruts/mois) et la rémunération des ATER (a minima pour atteindre 2 SMIC = 3 600€ bruts/mois).
- Augmenter le nombre de contrats d’Attaché·e Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) et systématiser le recrutement en demi-ATER pour les doctorant·es puisque le statut d’ATER à temps plein ne permet pas de terminer sa thèse.
Nous réaffirmons ici notre plein soutien aux candidat·es dans cette période,
Solidairement,
Le bureau de l’ANCMSP.
