Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

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De l’éthique et du tact…

Diffusé par l'ANCMSP le mercredi 16 décembre 2009 · Imprimer

[Article de Clément à relire et à publier dans un dossier “Éthique” si l’on en fait un.]

Le mercredi 9 septembre se tenait une conférence plénière au congrès de l’AFSP ayant pour thème « Science politique et éthique professionnelle ». Impressions.

L’Association Française de Science Politique souhaite se doter d’une charte éthique et a entamé depuis quelques temps consultations et réflexions. La conférence plénière organisée lors du congrès et présidée par Nonna Mayer consistait à recueillir les expériences des associations étrangères.

Aux Etats-Unis …

L’American Political Science Association s’est dotée d’une charte en 1968. Paul Sniderman, président de la commission d’APSA est intervenu le premier sur l’éventail des compétences de la commission. La première tâche de la commission est d’être réactive face aux menaces pour la « liberté académique ». Il s’agit de discuter de l’éventualité d’une pétition pour soutenir un collègue emprisonné, de défendre la liberté académique face à une administration américaine conservatrice sur les questions de religion, ou encore de discuter du nombre de fois où il est possible de présenter la même communication. La seconde tâche consiste à anticiper les évolutions de la discipline et d’en proposer un cadrage. C’est notamment sur le respect du travail des Jeunes Chercheurs face à la possible exploitation par des titulaires que la commission d’éthique porte son attention. Elle intervient aussi sur des différents opposant des collègues…

… en Suisse …

William Ossipow est ensuite intervenu au nom de l’Association Suisse de Science politique, association qui s’est dotée d’une charte en 1995… avant de l’oublier ! C’est donc par des remerciements que William Ossipow a débuté son intervention : la conférence plénière aura au moins permis aux Suisses de s’en rappeler. Oubliée, la charte est donc largement inutile : les mécanismes prévus n’ont jamais été utilisés. Evoquant des accusations d’antisémitisme opposant deux collègues ou des collègues face à des associations, William Ossipow a présenté les cas où la charte aurait pu avoir une utilité évitant aux affaires de se terminer devant les tribunaux.

Avant de laisser la parole aux autres intervenants il a rappellé « quand deux collègues sont en conflit dur, il faut l’intervention d’un tiers. Un comité d’éthique qui joue son rôle permet de dépasser des positions compliquées »…

… au Québec …

Anne-Marie Gingras invitée au titre de la Société Québécoise de Science Politique s’est voulue plus offensive. La SQSP n’a pas de charte d’éthique et pour cause, la multiplication des chartes la dispense d’en avoir ! Chaque université, chaque organisme subventionnaire dispose de son comité d’éthique. Conséquence : les fonds sont tributaires du respect des principes éthiques conçus pour des recherches biomédicales… Anne-Marie Gingras dénonce alors l’inflation des contrôles, l’intrusion des comités d’éthique à l’intérieur des recherches et les soucis pour les recherches qualitatives ou à dimension inductive. Faut-il dès lors instaurer de nouvelles instances en sus de celles existantes ?

Quelques mots ont été ajoutés sur le projet de charte de l’AFSP. Evoquant la notion de « champ de compétence », Anne-Marie Gingras avance qu’avec la sur-spécialisation, cette notion viendrait fermer l’espace de discussion. Quant aux données d’enquête collectées et leur mise à la disponibilité de la communauté, que faire des recherches qualitatives ? [Il faut rappeler ici que des datasets de données quali existent et se montent, voir la littérature sur le sujet, Freese, Lemercier, etc. -Fr.]

… en Belgique …

Yannick Vanderborght, représentant de l’Association Belge de Science Politique a changé bien vite de sujet, l’ABSP n’ayant pas de code éthique, il a plutôt déploré les diatribes des politologues [politistes ?] français vis-à-vis de leurs collègues… Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, Yannick Vanderborght évoque un article publié par un chercheur en science politique intitulé sobrement : « Pour en finir avec les syndicats » (publié par Benoît Rihoux dans Le Soir, le 8 octobre 2005, NDLR). L’article de l’universitaire, ouvertement anti-syndicaliste a suscité de nombreuses réactions de la part de la communauté des politologues : l’universitaire en question n’avait jamais travaillé sur les syndicats ce qui rejoint le problème du domaine de compétence (selon Yannick Vanderborght l’expertise peut être contournée à condition d’intervenir de manière informée et documentée), et l’auteur avait utilisé en guise de signature les termes « citoyen, contribuables, usagers des transports publics, Professeur en science politique à l’Université Catholique de Louvain ». Il y a ici un transfert illégitime de légitimité auquel il faudrait opposer une obligation de retenue, un respect de la dignité de la fonction.

Sans lien avec l’article cité, en Belgique l’enjeu principal est une réaffirmation de la liberté académique vis-à-vis de la dépendance aux financements. Sans lien toujours la question des professeurs engagés en politique et continuant à enseigner se pose aussi . Au final, Yannick Vanderborght a plaidé pour une charte éthique indicative qui ne sanctionne pas.

… à l’international

Le dernier intervenant, Guy Lachapelle parlait au nom de l’Association Internationale de Science politique. Dans une intervention très brève il a évoqué le droit des citoyens à des informations de qualité et les droits d’auteur.

Mais quels sont les deux collègues sans cesse évoqués et jamais nommés ? Sans le dire, chacun des intervenants ont articulé leur propos, avec beaucoup de tact, autour de dissension entre collègues. En France, le débat sur la charte éthique n’a pourtant pas émergé de nulle part, et un peu de socio-génèse pourrait utilement rappeler que l’affrontement entre collègues avait des ramifications institutionnelles non négligeables, que les spécialistes des logiques d’appareil laisseront peut-être voir un jour. De même, ce débat a pu servir des positionnements stratégiques personnels, suivant un phénomène qui s’applique presque systématiquement lors de la composition d’une instance destinée à exercer ne serait-ce qu’une quantité infime de pouvoir symbolique.

Et l’éthique, me direz-vous ? Et bien, modeste, très modeste, l’éthique discutée ce jour concernait surtout le cadrage des interventions publiques des chercheurs et des codes de bonne conduite. Hormis quelques remarques salutaires sur l’existence d’instances de contrôle dans les universités, dans les tribunaux ou ailleurs, la discussion n’a pas véritablement été amorcée. Elle l’a encore moins été sur la question des relations entre les titulaires et les jeunes chercheurs, alors que les chartes éthiques anglo-saxonnes s’en préoccuppent particulièrement, ou sur l’emploi de contractuels pour des recherches dont ils ne verront ni ne participeront aux résultats. Si l’AFSP amorce une réflexion sur l’éthique en science politique, l’envergure de la réflexion semble déjà bien circonscrite.