Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

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L’automne de la Recherche

Diffusé par l'ANCMSP le lundi 23 juin 2008 · Imprimer

Du 5 au 7 octobre 2007, s’est tenu à Toulouse, l’université d’automne de Sauvons La Recherche (SLR), sur fond de débat houleux concernant la Loi de Responsabilité des Universités (LRU). Débutée en fanfare avec la venue – éclair – de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, cette université s’est achevée sur des sentiments mitigés, dominés par l’inquiétude de l’avenir avec les retombées de la loi.

En attendant, longuement, la ministre, Bertrand Monthubert, président de SLR, entame une concertation avec la salle pour organiser l’ordre des questions qui pourront être posées dans un temps réduit. Le début de la matinée est relativement tendu, malgré la présence du dessinateur Cled’12, observateur attentif qui distille une touche d’autodérision avec ses caricatures projetées sur grand écran tout au long des trois jours.

Premier exercice de style, la ministre arrive en retard. Second exercice, l’opération de communication. Elle écoute, sourit, répond parfois de manière sèche, penche toujours la tête pour dire qu’elle a bien compris (ou pour faire signe aux caméras ?). Mais le débat, évidemment, n’y est pas. Quelqu’un murmure : « Elle dit des conneries mais au moins elle les dit bien ». Au-delà des problèmes de répartition du budget, qui fait la part belle au crédit d’impôt pour les entreprises au détriment de la recherche publique, c’est aussi la gestion au quotidien des conséquences de la loi qui inquiète les chercheurs. Le problème de la (non) création d’emplois est abordé ainsi que les conditions de recrutement, les modalités de constitution des comités de sélection restent floues . Toutes ces interrogations donnent souvent lieu de la part de la ministre à des réponses toute faites suscitant quelques remous, rires ou airs stupéfaits, mais peu d’avancées ou de levées d’incertitude.

Après 45 minutes de dialogue de sourd, le départ de Mme Pécresse devait en principe laisser place aux « vrais » débats entre chercheurs, gestionnaires des universités, du CNRS et des autres établissements de recherche. Mais à l’absence de l’invité de marque, « l’enseignement supérieur », thème de l’après-midi, semble nettement moins intéresser l’assemblée et les rangs de commencer à se parsemer. Le nombre des participants ne fera que décroître tout au long de ces trois jours.

L’enseignement supérieur, donc. Vaste sujet qui reste focalisé sur les effets néfastes de la loi. Bruno Julliard, venu faire entendre « la » voix des étudiants, considère qu’il y a beaucoup de reproches à faire à la LRU mais que l’état des rapports de force n’est pas en faveur de ses détracteurs. Une manière détournée de dire qu’il n’y aura pas d’opposition ? Non, il ajoute être persuadé que les étudiants ne bougeront pas. Comme quoi, on peut se tromper. En tout état de cause, la position de l’UNEF est claire, elle ne demandera pas l’abrogation de la loi. Le mot est lancé, le débat ouvert sur l’abrogationAu final, pas de position définitive mais la lutte continue…

Le samedi, on aborde notamment l’épineux problème du financement de la recherche publique et de l’ANR. Le développement du financement par projet suscite des inquiétudes, notamment lorsque l’on se penche sur les dysfonctionnements de l’ANR. Des témoignages sont apportés pour montrer que l’attribution des financements alloués par l’ANR mais surtout les refus, ne sont pas toujours motivés. Un certain nombre de chercheurs entame régulièrement des procédures notamment auprès de la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs) afin d’avoir accès au rapport motivant les refus.

Si l’on s’indigne du fait que l’ANR ne motive pas ses refus pour l’attribution de financement, personne ne semble en revanche s’offusquer de l’absence de justification dans les recrutements des MCF et de la difficulté des candidats à avoir accès à leur rapport : un intervenant précise qu’ « il y a trop de dossiers, on n’a pas le temps d’établir des rapports » et personne ne semble avoir à y redire…

Au-delà des problèmes et des doutes, l’université d’automne est aussi l’occasion de mettre en avant des démarches positives et des dispositifs qui fonctionnent, notamment dans une volonté de rapprocher le « citoyen » de la science. Pour exemple, l’association Paris Montagne (jeu de mot à contre-courant de « Paris plage ») a pour but de mieux faire comprendre ce qu’est la recherche, de réintroduire la recherche comme un élément du quotidien, et de donner les clés pour comprendre les débats éthiques, notamment en travaillant avec des publics venant de milieux défavorisés. Pourtant, même si tous (ou presque) s’accordent sur l’utilité de telles démarches, elles ne sont encore que faiblement soutenues et de nombreux chercheurs dénoncent le manque d’ouverture des laboratoires à l’accueil d’un public « profane ».

Les derniers débats du dimanche concernent notamment la question de l’évaluation, nécessaire, de la recherche publique, qui passe trop souvent par des outils bibliométriques peu ou pas adaptés et construits et utilisés généralement dans l’opacité. A l’année prochaine ?