Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

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Les 2 textes qui ont lancé le débat

par le collectif de prof sans HDR puis Valluy

Diffusé par l'ANCMSP le samedi 20 janvier 2007 · Imprimer

passé sur la liste générale par J. Valluy le jeudi 14 Décembre 2006

V2 = Propositions pour une bonne réglementation de l’habilitationà diriger des recherches

Sat, 16 Dec 2006 11:12:20 +0100

Oups, encore une coquille, j’avais oublié faire la modif concernant Gérard Grunberg qui n’est pas Professeur. Mes excuses à lui.
Quelques modifications en plus : on approche de la perfection du point de vue de "la forme" mondaine et "des usages" académiques.
Texte modifié, en date du 17.12.06, ci-dessous.
Pour ceux qui ont déjà rediffusé le texte sur d’autres forums merci de faire suivre cette version.
Bien cordialement,
J.Valluy


Propositions pour une bonne réglementation de l’habilitation à diriger des recherches

par

Jérôme Valluy (17.12.06)

Ces propositions répondent à celles (ci-dessous) faites par Philippe Braud, Pierre Favre, Gérard Grunberg, Jacques Lagroye, Pierre Lascoumes, Marc Sadoun, Pierre Sadran, Yves Schemeil, tous Professeurs et assimilés. Pierre Lascoumes, à bien des égards, semble être là tout à fait par erreur ou par inadvertance (cette remarque n’engageant que moi) ; du fait de son statut et de son oeuvre les remarques qui suivent ne le concernent pas.

Constatons tout d’abord combien il est regrettable que ce débat n’ait pas été amorcé en associant à la réflexion collective les Maîtres de Conférences, premiers intéressés par ce diplôme, dont les agrégés se sont jusqu’à présent dispensés alors que rien ne leur interdit de le préparer : la HDR n’est pas un concours mais une étape de travail qu’il serait souhaitable d’intégrer à plusieurs moments de l’évolution salariale tout au long de la carrière universitaire.

Le signataire de ces lignes est plus proche des terrains de recherche que des instances de pouvoir et a acquis, après sept ans d’expérience professionnelle, une conception du métier universitaire qui indexe directement la compétence pédagogique sur le travail scientifique.

Les propositions de mes collègues peuvent être lues à la lumière de la dernière phrase de leur texte : « Il serait enfin souhaitable que la sous-admissibilité à l’agrégation externe soit équivalente à l’HDR ainsi définie. »… On appréciera le geste audacieux consistant à promouvoir ainsi l’HDR au rang de sous-admissibilité de l’agrégation externe. Sous couvert d’une apparente volonté de définir la place de la HDR il s’agit en fait d’une tentative de résister à une tendance qui se fait jour dans la discipline consistant à considérer la HDR comme une véritable étape de promotion des Maîtres de Conférences au titre de Professeur en évitant le cirque agrégatif c’est-à-dire ce jeu grotesque consistant à séduire un parterre de mandarins de la discipline.

La finalité de ces propositions n’est pas de définir la HDR puisqu’il suffit de regarder dans les autres disciplines sans agrégations pour bien en connaître la nature et la fonction, mais de sauver symboliquement l’agrégation externe qui brille par son incapacité à intégrer la compétence scientifique dans son mécanisme de cooptation. La science politique est en effet, avec le droit et l’économie, l’une des trois incongruités franco-françaises, parmi les sciences humaines, à subir le poids de l’agrégation externe et la stérilité scientifique qui en découle.

Hors de ces trois incongruités, particulièrement coûteuses pour les finances publiques (coût du concours agrégatif + coût des sursalaires d’universitaires devenus « Professeurs » trop précocement, après le Doctorat, donc sans autres travaux), les autres sciences humaines en France et les carrières universitaires sur le reste de la planète, basent la promotion universitaire sur la compétence scientifique attestée par une HDR soutenue en milieu de carrière ou après une bonne dizaine d’années d’expérience professionnelle. Ce temps long permet notamment de s’assurer de la capacité des universitaires à consacrer durablement leurs temps à la recherche et à leurs étudiants plutôt qu’à des activités latérales (cabinets d’avocats, conseillers financiers, instituts de sondages, postes politiques, expertises diverses…) ou à des formes de paresse au long cours ; les unes et les autres coûteuses pour les finances publiques et désastreuses pour la recherche scientifique. Cette contrainte au travail universitaire sur des périodes longues devrait d’ailleurs être renouvelée plusieurs fois au cours de la carrière.

A l’inverse, la première des propositions ici contestées (« L’HDR ne peut être obtenue moins de trois années après la soutenance de la thèse ») tente de présenter la HDR comme un préalable à l’agrégation externe avec une petite concession sur le temps d’attente par rapport aux pratiques actuelles d’agrégation sans HDR juste après le Doctorat. La concession n’est qu’apparente : ce qui est important, dans ce texte, c’est que cette définition agrégative de l’HDR n’impose pas d’être Maître de Conférence pour obtenir ce diplôme. Dans un contexte où les temps d’attente des docteurs pour l’entrée à l’Université s’allongent, on peut parfaitement imaginer de les faire patienter quelques années de plus avec la préparation d’une HDR à Doctorat + 3 ; au moins seront ils ainsi occupés à autre chose qu’à réclamer de quoi vivre ! Cette disposition permet simultanément de rappeler aux Maîtres de Conférences qui ont soutenu une HDR… qu’ils n’ont en fait passé que la première épreuve du cirque agrégatif et qu’ils sont encore loin de pouvoir revendiquer une rémunération de professeur ; C.Q.F.D.

L’autre proposition importante concerne la capacité professionnelle évaluée par la HDR. « Sa finalité est de tester l’aptitude à encadrer des recherches dans des domaines différents de ceux qui relèvent de la spécialité du candidat ou de la candidate. » Comment mieux ériger l’incompétence scientifique en principe général d’encadrement pédagogique ? Alors que dans les autres universités de la planète, les universitaires enseignent et dirigent sur un domaine de spécialité qu’ils apprennent à maîtriser grâce à leurs propres travaux scientifiques, nos chers collègues reproduisent ici leurs croyances agrégatives consistant à se considérer comme universellement compétents, par le seul miracle de la cooptation agrégative, sur un champ disciplinaire tout entier, c’est-à-dire compétents pour diriger des thèses de doctorats sur toutes les spécialités d’une discipline : philosophie politiques, relations internationales, élections, communication, mobilisations sociales, politiques publiques, institutions, etc.. Conséquence de cette croyance : les Maîtres de Conférences sans HDR (ou avec) ne comptent plus le nombre d’heures passées à donner des conseils à des doctorants, voir même à diriger de facto des doctorants inscrits administrativement en thèse sous la direction de tel ou tel agrégé externe incompétent sur le sujet de thèse car trop éloigné de son domaine de spécialité.

Sur la base de ces observations, une autre définition de la HDR paraît donc souhaitable :

1) L’HDR ne pourra pas être obtenue moins de dix années après la soutenance de la thèse. Elle constitue une condition préalable au passage du premier grade de la carrière universitaire (actuellement appelé, en France, Maître de Conférences des Université) au deuxième grade (appelé Professeur des Universités) quelle que soit la modalité de recrutement au deuxième grade. Il serait souhaitable que la voie normale - sélection sur travaux par une commission locale ou national - devienne le seul mode de passage de l’un à l’autre.

2) La finalité de la HDR est de démontrer une capacité à diriger des recherches en se confrontant soi-même et de manière continue au travail de recherche, tant sous ses aspects théoriques qu’empiriques, et à cerner les limites d’un domaine de compétence individuel en découvrant la différence qu’il y a entre une discipline scientifique et une spécialité scientifique. Il s’agit en outre de dépasser le niveau du Doctorat en améliorant significativement la qualité du travail scientifique et en approfondissant sa maîtrise d’un domaine de spécialité sub-disciplinaire, notamment en diversifiant les terrains étudiés à partir de cette spécialité.

3) La forme de la HDR n’importe pas, ce qui importe c’est la démonstration à demeurer durablement actif en matière de recherche. Cette démonstration pourra être apportée soit par la compilation des travaux publiés accompagnés d’un mémoire introductif soit par un ouvrage réalisant la synthèse d’étapes de recherche successives. Dans cette deuxième option l’ouvrage pourra ressembler, dans sa construction, à une thèse de doctorat, qui reste l’acte fondateur de la compétence universitaire, mais devra démontrer le dépassement qualitatif précédemment évoqué. Les travaux ainsi compilés ou synthétisés seront tous ceux que le candidat jugera scientifiquement significatifs sans tenir compte des apparences des revues à comité de lecture qui recrutent leurs relecteurs en dehors de leurs propres comités. Il appartiendra au jury d’apprécier cette auto-évaluation par le candidat de la qualité scientifique de ses écrits et des supports de publication auquel il a recouru pour faire connaître ses travaux.

4) La HDR ne pourra pas être soutenue dans l’établissement de rattachement du candidat. Aucun membre du jury de la thèse de doctorat ne pourra faire partie du jury d’habilitation qui sera en outre composé exclusivement de collègues extérieurs à l’établissement de rattachement et de préférence en intégrant plusieurs collègues étrangers. Seuls des universitaires ayant eux-mêmes soutenus une HDR pourront faire partie d’un jury de soutenance de HDR. Les membres du jury d’HDR devront se retirer ponctuellement des commissions locales ou nationales participant au recrutement du candidat à un grade supérieur au moment de l’examen de son dossier.

5) La soutenance de l’HDR s’efforcera d’être une discussion la plus intelligente et utile possible entre des collègues aussi compétents les uns que les autres mais dont certains auront passé plus de temps à travailler dans le métier que le candidat.

6) En ce qui concerne le choix des membres du jury, le Directeur de thèse fera pour la HDR comme pour le Doctorat : il en discutera avec le candidat et il invitera des collègues compétents sur le sujet à participer à la soutenance. Il appartiendra à ceux-ci d’apprécier, après avoir pris connaissance des documents produits par le candidats, s’ils acceptent ou non de participer au jury.

7) La HDR sera repassée tous les dix ans comme condition préalable à toutes les augmentations salariales importantes durant la carrière.

L’harmonisation des pratiques sur la norme internationale permettra de valoriser la HDR. Appuyée sur un consensus de la profession, l’HDR pourra ainsi devenir la première étape d’une promotion par la voie normale d’une sélection sur travaux en commission locale ou, à parité, en commission nationale délibérant dans les mêmes conditions que la précédente. Puisqu’ils font tous le même travail, tous les universitaires seront appelés professeurs (comme d’ailleurs en lycée et collège).

Propositions pour une bonne réglementation de l’habilitationà diriger des recherches

Sat, 16 Dec 2006 01:49:29 +0100

Bonjour,
Un grand merci pour les messages de soutien et les conseils qui m’ont aidé à améliorer ce texte dont la publication sur le site de l’AFSP n’est pas tout à fait exclu, puisque celle-ci m’a fait savoir ne certes pas pouvoir publier la version initiale mais être "preneur d’une version présentant une autre perspective de réglementation mais respectant les usages académiques". J’ai donc, en tenant compte des remarques qui m’étaient faites par ailleurs, amendé mon texte en plusieurs endroits (et oui, bientôt 40 ans...on se fait vieux), gommé quelques fautes et amélioré des propositions... tout ceci afin d’être dans le plus parfait respect des usages académiques et notamment ceux de la liberté de pensée et d’expression. Comme je ne doute pas de la stricte neutralité politique de l’Association Française de Science Politique (AFSP : http://www.afsp.msh-paris.fr/), je me permets de la remercier par avance de bien vouloir faire cette publication destinée à assurer la pluralité des débats au sein de la profession.
Je propose également cette publication à l’Association des Enseignants et Chercheurs en Science Politique (AECSP : http://www.aecsp.org/) pour son propre site.
Il s’agit évidemment d’un débat qui n’a rien de personnel (j’ai plusieurs amis agrégés externes qui me sont chers) c’est un débat de fond qui me semble pouvoir avoir lieu au sein de la discipline plutôt que par voie de presse ou de diffusions Internet plus larges, et pour lequel il sera peut être nécessaire d’envisager un regroupement des Maître de Conférences, des Professeurs à la voie normale (par commission local et agrégation externe, d’ailleurs à réformer) et des agrégés externes qui ne confondent pas - il y en a beaucoup ! - l’avantage acquis d’un sursalaire précoce avec un titre de compétence scientifique... regroupement nécessaire pour préparer les réformes qui s’imposent dans notre discipline tant pour la HDR que pour le déroulement des carrières.
Bien cordialement,
Jérôme Valluy


Propositions pour une bonne réglementation de l’habilitation à diriger des recherches

par

Jérôme Valluy (16.12.06)

Ces propositions répondent à celles ( ci-dessous) faites par Philippe Braud, Pierre Favre, Gérard Grunberg, Jacques Lagroye, Pierre Lascoumes, Marc Sadoun, Pierre Sadran, Yves Schemeil, tous Professeurs hormis Pierre Lascoumes qui, à bien des égards, semble être là tout à fait par erreur ou par inadvertance ; du fait de son statut et de son oeuvre les remarques qui suivent ne le concernent pas.

Constatons combien il est regrettable que n’aient pas été associés à cette réflexion collective les Maîtres de Conférences, premiers intéressés par ce diplôme, dont les agrégés se sont jusqu’à présent dispensés alors que rien ne leur interdit de le préparer : la HDR n’est pas un concours mais une étape de travail qu’il serait souhaitable d’intégrer à plusieurs moments de l’évolution salariale tout au long de la carrière universitaire.

Le signataire de ces lignes est plus proche des terrains de recherche que des instances de pouvoir et a acquis, après sept ans d’expérience professionnelle, une conception du métier universitaire qui indexe directement la compétence pédagogique sur le travail scientifique.

Les propositions de mes collègues peuvent être lues à la lumière de la dernière phrase de leur texte : « Il serait enfin souhaitable que la sous-admissibilité à l’agrégation externe soit équivalente à l’HDR ainsi définie. »… On appréciera le geste audacieux consistant à promouvoir ainsi l’HDR au rang de sous-admissibilité de l’agrégation externe. Sous couvert d’une apparente volonté de définir la place de la HDR il s’agit en fait d’une tentative de résister à une tendance qui se fait jour dans la discipline consistant à considérer la HDR comme une véritable étape de promotion des Maîtres de Conférences au titre de Professeur en évitant le cirque agrégatif c’est-à-dire ce jeu grotesque destiné à séduire un parterre de mandarins de la discipline.

La finalité de ces propositions n’est pas de définir la HDR puisqu’il suffit de regarder dans les autres disciplines sans agrégations pour bien connaître la nature et la fonction, mais de sauver symboliquement l’agrégation externe qui brille par son incapacité à intégrer la compétence scientifique dans son mécanisme de cooptation. La science politique est en effet, avec le droit et l’économie, l’une des trois incongruités franco-françaises, parmi les sciences humaines, à subir le poids de l’agrégation externe et la stérilité scientifique qui en découle.

Hors de ces trois incongruités, particulièrement coûteuses pour les finances publiques (coût du concours agrégatif + coût des sursalaires d’universitaires devenus « Professeurs » trop précocement, après le Doctorat, donc sans autres travaux), les autres sciences humaines en France et les carrières universitaires sur le reste de la planète, basent la promotion universitaire sur la compétence scientifique attestée par une HDR soutenue en milieu de carrière ou après une bonne dizaine d’années d’expérience professionnelle. Ce temps long permet notamment de s’assurer de la capacité des universitaires à consacrer durablement leurs temps à la recherche et à leurs étudiants plutôt qu’à des activités latérales (cabinets d’avocats, conseillers financiers, instituts de sondages, postes politiques, expertises diverses…) ou à des formes de paresse au long cours ; les unes et les autres coûteuses pour les finances publiques et désastreuses pour la recherche scientifique. Cette contrainte au travail universitaire sur des périodes longues devrait d’ailleurs être renouvelée plusieurs fois au cours de la carrière.

A l’inverse, la première des propositions ici contestées (« L’HDR ne peut être obtenue moins de trois années après la soutenance de la thèse ») tente de présenter la HDR comme un préalable à l’agrégation externe avec une petite concession sur le temps d’attente par rapport aux pratiques actuelles d’agrégation sans HDR juste après le Doctorat. La concession n’est qu’apparente : ce qui est important, dans ce texte, c’est que cette définition agrégative de l’HDR n’impose pas d’être Maître de Conférence pour obtenir ce diplôme. Dans un contexte où les temps d’attente des docteurs pour l’entrée à l’Université s’allongent, on peut parfaitement imaginer de les faire patienter quelques années de plus avec la préparation d’une HDR à Doctorat + 3 ; au moins seront ils ainsi occupés à autre chose qu’à réclamer de quoi vivre ! Cette disposition permet simultanément de rappeler aux Maîtres de Conférences qui ont soutenu une HDR… qu’ils n’ont en fait passé que la première épreuve du cirque agrégatif et qu’ils sont encore loin de pouvoir revendiquer une rémunération de professeurs ; C.Q.F.D.

L’autre proposition importante concerne la capacité évaluée par la HDR. « Sa finalité est de tester l’aptitude à encadrer des recherches dans des domaines différents de ceux qui relèvent de la spécialité du candidat ou de la candidate. » Comment mieux ériger l’incompétence scientifique en principe général d’encadrement pédagogique ? Alors que dans les autres universités de la planète, les universitaires enseignent et dirigent sur un domaine de spécialité qu’ils apprennent à maîtriser grâce à leurs propres travaux scientifiques, nos chers collègues reproduisent ici leurs propres croyances agrégatives consistant à se considérer comme universellement compétents, par le seul miracle de la cooptation agrégative, sur un champ disciplinaire tout entier, c’est-à-dire compétents pour diriger des thèses de doctorats sur toutes les spécialités d’une discipline : philosophie politiques, relations internationales, élections, communication, mobilisations sociales, politiques publiques, institutions, etc. Conséquence de cette croyance : les Maîtres de Conférences avec ou sans HDR ne comptent plus le nombre d’heures passées à donner des conseils à des doctorants, voir même à diriger de facto des doctorants inscrits administrativement en thèse sous la direction de tel ou tel agrégé incompétent sur le sujet de thèse car trop éloigné de son domaine de spécialité.

Sur la base de ces observations, une autre définition de la HDR paraît donc souhaitable :

1) L’HDR ne pourra pas être obtenue moins de dix années après la soutenance de la thèse. Elle constitue une condition préalable au passage du premier grade de la carrière universitaire (actuellement appelé, en France, Maître de Conférences des Université) au deuxième grade (appelé Professeur des Universités) quelle que soit la modalité de recrutement au deuxième grade.

2) La finalité de la HDR est de démontrer une capacité à diriger des recherches en se confrontant soi-même et de manière continue au travail de recherche, tant sous ses aspects théoriques qu’empiriques, et à cerner les limites d’un domaine de compétence individuel en découvrant la différence qu’il y a entre une discipline scientifique et une spécialité scientifique. Il s’agit en outre de dépasser le niveau du Doctorat en améliorant significativement la qualité du travail scientifique et en approfondissant sa maîtrise d’un domaine de spécialité sub-disciplinaire, notamment en diversifiant les terrains étudiés à partir de cette spécialité.

3) La forme de la HDR n’importe pas, ce qui importe c’est la démonstration à demeurer durablement actif en matière de recherche. Cette démonstration pourra être apportée soit par la compilation des travaux publiés accompagnés d’un mémoire introductif soit par un ouvrage réalisant la synthèse d’étapes de recherche successives. Dans cette deuxième option l’ouvrage pourra ressembler, dans sa construction, à une thèse de doctorat, qui reste l’acte fondateur de la compétence universitaire, mais devra démontrer le dépassement qualitatif précédemment évoqué. Les travaux ainsi compilés ou synthétisés seront tous ceux que le candidat jugera scientifiquement significatifs sans tenir compte des apparences des revues à comité de lecture qui recrutent leurs relecteurs en dehors de leurs propres comités. Il appartiendra au jury d’apprécier cette auto-évaluation par le candidat de la qualité scientifique de ses écrits et des supports de publication auquel il a recouru pour faire connaître ses travaux.

4) La HDR ne pourra pas être soutenue dans l’établissement de rattachement du candidat. Aucun membre du jury de la thèse de doctorat ne pourra faire partie du jury d’habilitation qui sera en outre composé exclusivement de collègues extérieurs à l’établissement de rattachement et de préférence en intégrant plusieurs collègues étrangers. Seuls des universitaires ayant eux-mêmes soutenus une HDR pourront faire partie d’un jury de soutenance de HDR. Les membres du jury d’HDR devront se retirer ponctuellement des commissions locales ou nationales participant au recrutement du candidat à un grade supérieur au moment de l’examen de son dossier.

5) La soutenance de l’HDR s’efforcera d’être une discussion la plus intelligente et utile possible entre des collègues aussi compétents les uns que les autres mais dont certains auront passé plus de temps à travailler dans le métier que le candidat.

6) En ce qui concerne le choix des membres du jury, le Directeur de thèse fera pour la HDR comme pour le Doctorat : il en discutera avec le candidat et il invitera des collègues compétents sur le sujet à participer à la soutenance. Il appartiendra à ceux-ci d’apprécier, après avoir pris connaissance des documents produits par le candidats, s’ils acceptent ou non de participer au jury.

7) La HDR sera repassée tous les dix ans comme condition préalable à toutes les augmentations salariales importantes durant la carrière.

L’harmonisation des pratiques sur la norme internationale permettra de valoriser la HDR. Appuyée sur un consensus de la profession, l’HDR pourra ainsi devenir la première étape d’une promotion par la voie normale d’une sélection sur travaux en commission locale ou, à parité, en commission nationale délibérant dans les mêmes conditions que la précédente. Tous les universitaires, parce qu’ils font le même travail, seront appelés professeurs (comme d’ailleurs en lycée et collège).

Contre propositions pour éviter l’adoption d’une réglementation dérisoire sur l’habilitation à diriger des recherches

Thu, 14 Dec 2006 22:28:03 +0100

par

Jérôme Valluy

Ces contre-propositions répondent aux « Propositions pour une réglementation de l’habilitation à diriger des recherches » (reproduit ci-dessous) faites par Philippe Braud, Pierre Favre, Gérard Grunberg, Jacques Lagroye, Pierre Lascoumes , Marc Sadoun, Pierre Sadran, Yves Schemeil c’est à dire un groupe plutôt conservateur de la science politique, tous agrégés hormis Pierre Lascoumes qui, à bien des égards, semble être là tout à fait par erreur ou par inadvertance ; du fait de son statut et de son oeuvre les remarques qui suivent ne le concernent pas.

Comme ce texte a été publié sur le site de l’AFSP, je demande à cette association de publier le mien au même endroit, dès la page d’accueil de l’OMASP. On appréciera que n’aient pas été associés à cette réflexion collective les Maîtres de Conférences, premiers intéressés par ce diplôme, dont les agrégés se sont jusqu’à présent dispensés alors que rien ne leur interdit de le préparer.

Le signataire de ces lignes n’a pas encore acquis l’une des positions institutionnelles auxquelles aboutissent les « belles carrières »… qui se font généralement bien plus loin des terrains de recherche que des instances de pouvoir. Mais il a une conception du métier universitaire qui indexe directement la compétence pédagogique sur le travail scientifique.

Le texte de ces propositions d’agrégés sans HDR peuvent être lues à la lumière de la dernière phrase de leur texte : « Il serait enfin souhaitable que la sous-admissibilité à l’agrégation externe soit équivalente à l’HDR ainsi définie. »… On appréciera le geste audacieux consistant à promouvoir l’HDR au rang de sous-admissibilité de l’agrégation externe. Sous couvert d’une apparente volonté de définir la place de la HDR il s’agit en fait d’une tentative de résister à une tendance qui se fait jour dans la discipline consistant à considérer la HDR comme une véritable étape de promotion des Maîtres de Conférences au titre de Professeur en évitant le cirque agrégatif c’est-à-dire le jeu de pitreries devant un parterre de mandarins en préretraite.

La finalité de ces agrégés sans HDR n’est pas de définir celle-ci puisqu’il suffit de regarder dans les autres disciplines sans agrégations pour bien en identifier la nature, mais de sauver symboliquement l’agrégation externe qui brille par son incapacité à intégrer la compétence scientifique dans son mécanisme de cooptation. La science politique fait en effet partie, avec le droit et l’économie des trois incongruités franco-françaises à agrégation externe qui brillent pour cette raison par leur stérilité scientifique.

En dehors de ces trois incongruités, particulièrement coûteuses pour les finances publiques (coût biannuel du concours agrégatif + coût du sursalaire d’universitaires devenus « Professeurs » peu après la thèse de doctorat et sans autres travaux), les autres sciences sociales en France et les carrières universitaires sur le reste de la planète, basent la promotion universitaire sur la compétence scientifique attestée par une HDR soutenue en milieu de carrière où après une bonne dizaine d’années d’exercice professionnel. Ce temps long permet notamment de s’assurer de la capacité des universitaires à consacrer durablement leurs temps à la recherche et à leurs étudiants plutôt qu’à des activités latérales ou à des formes de paresse au long cours également coûteuses pour les finances publiques.

A l’inverse, la première proposition de ces agrégés sans HDR (« L’HDR ne peut être obtenue moins de trois années après la soutenance de la thèse. ») tente de la présenter comme un préalable à l’agrégation externe avec une petite concession de temporalité par rapport aux pratiques actuelles d’agrégations immédiatement après la thèse. La concession n’est qu’apparente : ce qui est important, dans ce texte, c’est que cette définition agrégative de l’HDR n’impose pas d’être Maître de Conférence pour soutenir une HDR. Dans un contexte où les temps d’attente des docteurs pour l’entrée à l’Université s’allongent, on peu parfaitement imaginer de les faire patienter quelques années de plus avec la préparation d’une HDR à Thèse + 3 ; au moins ils seront occupés à autre chose qu’à réclamer de quoi vivre. Cette disposition permet simultanément de rappeler aux Maîtres de Conférences qui ont soutenu une HDR… qu’ils n’ont passé en fait que la première épreuve du cirque agrégatif ; C.Q.F.D.

L’autre proposition importante faites par nos dignes agrégés sans HDR concerne la définition même de la capacité à diriger des recherche. « Sa finalité est de tester l’aptitude à encadrer des recherches dans des domaines différents de ceux qui relèvent de la spécialité du candidat ou de la candidate. » Comment mieux ériger l’incompétence scientifique en principe général d’encadrement pédagogique ? Alors que dans les autres université de la planète, les universitaires enseignent et dirigent sur un domaine de spécialité qu’ils apprennent à maîtriser grâce à leurs propres travaux scientifiques, nos chers collègues reproduisent ici leurs propres croyances agrégatives consistant à se considérer comme universellement compétents sur un champ disciplinaire tout entier, c’est-à-dire compétents pour diriger des thèses de doctorats sur toutes les spécialités de la discipline : philosophie politiques, relations internationales, élections, communication, mobilisations sociales, politiques publiques, institutions, etc. Conséquence de cette croyance agrégative : les Maîtres de Conférences sans HDR (ou avec) ne comptent plus le nombre d’heures passées à donner des conseils à des doctorants dirigés officiellement par des agrégés incompétents sur le sujet de la thèse.

Sur la base de ces observations, une autre définition de la HDR paraît souhaitable :

1) L’HDR ne pourra pas être obtenue moins de dix années après la soutenance de la thèse. Elle constitue une condition préalable au passage du premier grade de la carrière universitaire (actuellement appelé en France Maître de Conférences des Université) au deuxième grade (appelé Professeur des Universités) quelle que soit la modalité de recrutement au deuxième grade.

2) La finalité de la HDR est de démontrer une capacité à diriger des recherches en se confrontant soit même et de manière continue au travail de recherche, tant sous ses aspects théoriques qu’empiriques et à cerner les limites d’un domaine de compétence individuel en ne confondant pas une spécialité scientifique et une discipline scientifique. Il s’agit de dépasser le niveau de la thèse de doctorat en améliorant significativement la qualité du travail scientifique et en approfondissant sa maîtrise d’un domaine de spécialité sub-disciplinaire, notamment en diversifiant les terrains étudiés à partir de cette spécialité.

3) La forme de la HDR n’importe pas, ce qui importe c’est la démonstration à demeurer durablement actif en matière de recherche. Cette démonstration pourra être apportée soit par la compilation des travaux publiés accompagnés d’un mémoire introductif soit par un ouvrage réalisant la synthèse d’étapes de recherche successives. Dans cette deuxième option l’ouvrage pourra ressembler dans sa construction à une thèse de doctorat, qui reste l’acte fondateur de la compétence universitaire, mais devra démontrer le dépassement qualitatif précédemment évoqué. Les travaux ainsi compilés ou synthétisés seront tous ceux que le candidat jugera scientifiquement significatifs sans tenir compte des apparences des revues à comité de lecture qui recrutent leurs relecteurs en dehors de leurs propres comités. Il appartiendra au jury d’apprécier cette auto-évaluation par le candidat de la qualité scientifique de ses écrits et des supports de publication auquel il a recouru pour faire connaître ses travaux.

4) La HDR ne pourra pas être soutenue dans l’établissement de rattachement du candidat. Aucun membre du jury de la thèse de doctorat ne pourra faire partie du jury d’habilitation qui sera en outre composé exclusivement de collègues extérieurs à l’établissement de rattachement et de préférence en intégrant plusieurs collègues étrangers. Seuls des universitaires ayant eux-mêmes soutenus une HDR pourront faire partie d’un jury de soutenance de HDR. Les membres du jury d’HDR devront se retirer ponctuellement des commissions locales ou nationales participant au recrutement du candidat à un grade supérieur au moment de l’examen de son dossier.

5) La soutenance de la thèse de l’HDR s’efforcera d’être une discussion la plus intelligente possible entre collègues aussi compétents les uns que les autres mais dont certains auront passé plus de temps à travailler dans le métier que le candidat.

6) Le directeur de thèse fera comme d’habitude : il discutera avec le candidat de la composition du jury.

7) Toutes les autres guignolades seront déclarées nulles et invalides et la HDR sera repassée tous les dix comme condition préalable à tous les avancées financièrement importantes du déroulement de carrière.

L’harmonisation planétaire des pratiques permettra de valoriser l’habilitation à diriger des recherches. Appuyée sur un consensus de la profession, l’HDR pourrait devenir une condition à l’augmentation de salaire lié à une promotion par la voie glorieuse (et pas plus longue qu’une autre) d’une sélection en commission locale ou, à parité, en commission nationale délibérant dans les mêmes conditions que la précédente. Tous les universitaires faisant le même travail, ils seront tous appelés professeurs comme dans les lycées et les collèges. Enfin un loi organique imposera que les rites agrégatifs pourront être découverts ou redécouverts, pour ceux qui aiment, au musée des arts du cirque.

Réagir à ces propositions ? Envoyez votre avis par courriel à : listancmsp@lists.apinc.org


Propositions pour une réglementation de l’habilitation à diriger des recherches

par

Philippe Braud
Pierre Favre
Gérard Grunberg
Jacques Lagroye
Pierre Lascoumes
Marc Sadoun
Pierre Sadran
Yves Schemeil

Les signataires de ces lignes ont, ou ont eu, à des titres divers la responsabilité de procédures de recrutement ou d’avancement en science politique. Confrontés à l’absence de règles claires sur le rôle joué dans ces procédures par la détention d’une Habilitation à diriger des recherches, il leur a semblé qu’il était devenu impératif d’en préciser les modalités d’obtention.

D’ores et déjà, ce diplôme est devenu en pratique nécessaire, dans la section 40 du CNRS, pour le passage au grade de directeur de recherche. Il donne le droit aux maîtres de conférences et aux chercheurs de diriger des thèses dans leur établissement (même si l’inscription sur une liste de personnes " habilitées " à diriger des thèses dans l’établissement est parfois imposée, à notre sens, de manière injustifiée).

Il est particulièrement préoccupant que la procédure d’obtention de l’HDR reste incertaine et connaisse des variations considérables d’une université à l’autre. Une harmonisation des exigences et des procédures nous paraît envisageable sur la base des sept éléments suivants.

1. L’HDR ne peut être obtenue moins de trois années après la soutenance de la thèse. Il s’agit en effet de manifester des aptitudes d’un autre ordre que celles exigées pour l’obtention d‘un titre de docteur : non pas seulement la maîtrise d’un terrain de recherche et des outils théoriques permettant de résoudre les problèmes qu’il pose, mais une aptitude à parcourir un champ plus vaste, à maîtriser des approches plus diversifiées, afin d’encadrer des recherches sur des terrains pouvant être différents de ses propres recherches. L’HDR a vocation à enregistrer le dépassement de la thèse et un retour à des interrogations plus générales. Sa finalité est de tester l’aptitude à encadrer des recherches dans des domaines différents de ceux qui relèvent de la spécialité du candidat ou de la candidate.

2. Deux formes d’HDR peuvent être envisagées. Pour le candidat ou la candidate dont la production scientifique depuis la thèse est importante, qui a publié ses travaux dans des revues à comité de lecture et au moins un ouvrage personnel portant sur un objet différent de celui de sa thèse, l’HDR peut être soutenue sur la base de ces travaux et d’une note de synthèse d’une centaine de pages exposant le parcours suivi et détaillant les enjeux et les apports de ses recherches actuelles. Pour les autres candidats, l’HDR est soutenue sur la base d’un " mémoire d’habilitation " qui n’est évidemment pas une seconde thèse. Son format et son contenu sont plutôt ceux d’un livre abordant un problème plus général (ou couvrant un autre terrain) que celui traité dans la thèse.

3. Dans tous les cas, le candidat ou la candidate produira pour la soutenance la liste de ses travaux, un curriculum vitae où seront notamment détaillées ses activités d’encadrement pédagogique, et communiquera au jury, outre le rapport de thèse, les travaux qu’il ou elle jugera les plus significatifs publiés depuis la thèse.

4. Le directeur de la thèse ne pourra ni diriger l’HDR ni siéger dans le jury.

5. La soutenance d’HDR s’attache à mettre en valeur les capacités du candidat ou de la candidate à diriger des recherches et sa maîtrise du domaine d’études sur lequel portent ses travaux récents. A cette fin, elle s’organise autour de questions posées au candidat ou à la candidate plutôt que selon la formule habituelle de la soutenance de thèse.

6. Le directeur de l’HDR fera preuve d’une attention particulière quant à la composition du jury proposé au président de l’établissement. Il s’efforcera d’y adjoindra au moins une personnalité étrangère.

7. La détention d’une HDR dispense de toute procédure d’autorisation à diriger des thèses dans l’établissement d’enseignement supérieur français auquel est rattaché le ou la candidate.

L’harmonisation des pratiques permettra de valoriser l’habilitation à diriger des recherches. Appuyée sur un consensus de la profession, l’HDR pourrait devenir une condition à la candidature au recrutement des professeurs par les procédures de l’agrégation interne et de la voie longue. Il serait enfin souhaitable que la sous-admissibilité à l’agrégation externe soit équivalente à l’HDR ainsi définie.

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