Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

Vademecum

Diffusé par l'ANCMSP le dimanche 29 août 2010 · Imprimer

Un combat, via la mailing-list, pour régulariser (rien à voir avec les sans-papiers… quoique) les offres d’emploi qui circulent sur la mailing-list.

Objectif avoué : transposer au marché des offres d’emploi temporaires (d’autres diront précaires) les exigences de transparence et d’équité que l’ANCMSP lutte pour imposer au recrutement sur des postes permanents.

Si l’on s’appelait Amnesty International ou Reporters Sans Frontières, on aurait publié un communiqué de presse annonçant la création d’un Observatoire sur les Recrutements Douteux.

Plus modestement, la démarche consiste à réagir (au quart de tour si possible) à tout recrutement en science politique qui inclut ou induit une discrimination ou toute forme d’inégalité de traitement pour le candidat.

Démarche stratégique

Confronté à des offres de recrutement passables sinon médiocres au niveau de la qualité de l’information fournie sur le recrutement et/ou de la qualité de l’offre elle-même [1], le bureau de l’ANCMSP a plusieurs stratégies :

- L’association ne s’interdit a priori rien, y compris d’aller en justice (c’est même dans les statuts), mais ça ne s’est pas fait dans les années passées.
- La légalité du financement est toujours un jeu complexe, parce que les DRH ne sont pas tous idiots. La libéralité au niveau doctoral, par exemple, est légale dans certains cas.
- Les syndicats sont souvent hors-jeu. L’UNEF, par exemple, bien que son représentant pour le doctorat et l’ESR soit inscrit à la liste, s’en fout (sa composante doctorale, la FENEC, est un faux-nez), et les syndicats ESR ne bougent que pour les titulaires.

Du coup, je pense que la meilleure arme est le naming and shaming : on publie les infos, façon "Canard enchaîné" (l’analogie est de Pierre Mayance), et on met tout le monde devant ses responsabilités sans se mouiller plus que ça. Soft coercion.

Notre stratégie "Canard enchaîné" me semble être :

  1. Repérer tout ce qui contient une inégalité de traitement envers les candidats aux métiers de la science politique : inégalité de statut, inégalité de rémunération (remboursements inclus), inégalité de charge de travail.
  2. Écrire systématiquement aux émetteurs de l’offre pour bien s’assurer que l’employeur cautionne cette inégalité dans son offre : "oui, j’assume de proposer un emploi précaire, mal rémunéré et disproportionné dans sa charge de travail à des personnes hautement qualifiées".
  3. Râler par communiqué à échéances régulières, sans citer directement les cas.

Démarche pratique

Ce chantier passe par trois canaux d’information :

  1. Des discussions publiques sur la mailing-list, incluant nos communiqués
  2. Des discussions privées du bureau
  3. Des discussions privées par email entre le bureau et les employeurs concernés

Tous ces canaux sont volatiles, dans la mesure où, si l’on ne crée pas des archives précises des emails circulés quelque part, il faudra compter en grande partie sur notre mémoire collective pour avoir une vision claire de ce qui s’est passé.

L’espace privé du site Internet doit donc servir au bureau pour créer un catalogue aussi précis que possible de ce qui s’est passé. Au moment de la création du chantier, voici les archives récentes :

- Deux cas d’espèce, à l’Université de Savoie et à Bordeaux
- Le communiqué qui en est sorti en septembre 2010
- Un nouveau cas d’espèce à l’Université de la Rochelle, en septembre également

Les éléments de langage utilisés dans ce dernier cas peuvent servir de brouillon pour des dossiers suivants. Les parties les plus importantes sont en gras.

[Envoyé à toutes les personnes concernées par la diffusion de l’offre : émetteur de l’offre sur la liste, et personne référente citée dans l’offre, souvent des titulaires plutôt que des DRH, même s’il faudra élaborer une stratégie de communication avec ces derniers.]

Bonjour,

L’ANCMSP a récemment reçu, via sa mailing-list, l’offre d’emploi reproduite ci-dessous. Selon les indications fournies, le service indiqué représente, a minima, celui d’un poste de demi-ATER, et tendrait vers le service d’un ATER temps plein ou d’un maître de conférences. L’offre ne fournit aucune indication précise de statut, de rémunération, ou de modalités de recrutement, mais indique que le recrutement s’effectuera pour la rentrée universitaire du 6 septembre à l’Université de La Rochelle, soit dans une semaine en jours ouvrables.

L’ANCMSP s’est fixée pour mission, depuis plus de quinze ans, d’améliorer la transparence et l’équité des recrutements temporaires ou permanents des candidats aux métiers de la science politique. Afin de lever les ambiguïtés relevées ci-dessus, merci de diffuser auprès de l’ANCMSP, le plus rapidement possible, une offre de recrutement intégralement renseignée, indiquant notamment : le statut du contrat, les conditions de son renouvellement, la charge d’enseignement en volume horaire, la rémunération exacte au taux brut, et les modalités formelles du recrutement.

L’ANCMSP peut être contactée par son bureau à l’adresse bureau@ancmsp.com.

Bien à vous,

L’ANCMSP

Conséquences souhaitées de la stratégie

1. Auprès des abonnés, et donc, de la discipline

Avec un peu de chance, on va augmenter le taux de protestation général chez nos abonnés en banalisant les coups de gueule autour de ces offres, ce qui devrait envoyer un signal aux employeurs que la discipline est exigeante sur la qualité de ses offres d’emploi.

Les usual suspects réagissent déjà parfois : Julien Fretel pour l’AECSP, les anciens du bureau, les syndicalistes ou sympathisants syndicaux… Ce n’est pas assez : diffusons une culture légitime de la scandalisation face aux recrutements de piètre qualité [2].

2. Auprès des employeurs (universités, DRH et titulaires)

Écrire à l’envoyeur et à l’employeur pour lui faire détailler précisément son offre, c’est lui supprimer l’avantage de l’ambiguïté, et le forcer à décrire clairement la précarité de son offre lorsque celle-ci est avérée [3].

Si les concernés ne réagissent pas, comme dans le dossier Costa/Brouard (Bordeaux), on s’en chargera pour eux, par communiqué, auprès de nos abonnés et sur notre site Internet, ce qui peut avoir un effet dissuasif si cette publicité négative est suffisamment bien diffusée. C’est une bonne vieille stratégie de lobbying que j’ai observé au Parlement : "soit vous votez, soit on met votre nom dans le communiqué de presse où on liste tous ceux qui n’ont pas apporté leur soutien à la loi". Ça marche bien avec des élus (accountability maximale), voyons ce que ça donnera dans la discipline.

Vision à moyen terme

On ne se fera pas que des amis mais on valorisera indirectement tous ceux qui font circuler des offres transparentes et équitables, ce qui est notre objectif ultime : améliorer les conditions de recrutement (temporaire ou permanent) dans la discipline. Cette stratégie est le versant "emploi temporaire" de notre stratégie "transparence et équité" sur les recrutements permanents.

Ce chantier, mené de manière moins structurée que présenté ici, a clairement reçu le soutien d’anciens membres du bureau. Il touche tous les candidats aux offres temporaires, et il est évident que cela représente une fraction au moins aussi large de nos abonnés et membres que les recrutements permanents. Alors, pas de quartier, et allons-y.

[1Je ne détaille pas ce qui fait une offre passable ou médiocre, les membres du bureau en ont, hélas, une connaissance intime.

[2Insérer ici 300 remarques sur l’influence des cadres mentaux. C’est amusant de voir l’influence réflexive de la science politique sur le travail du bureau : François et un ancien membre discutent régulièrement de la théorie des mouvements sociaux par email, en rapport à leurs recherches respectives.

[3Je revendique le statut quasi-doctrinal de cette phrase, qui évoque clairement Sun Tzu, Lénine, Mao, Malaparte et Saint-Just. Ouais, rien que ça.