Diffusé par l'ANCMSP le lundi 16 avril 2007 · Imprimer
Les conditions de financement des parcours doctoraux
Intervention de Frédéric Chateigner (ANCMSP) aux 3ème Assises de la Science Politique
Cette expression de "conditions de financement", assez vague, correspond malheureusement à la réalité, qui, pour les 80% des doctorants en SHS qui ne sont pas financés, est la débrouille. Dans un premier temps nous opposerons à cet état de fait la position de principe de l’ANCMSP sur la question du financement des thèses. Dans un deuxième temps, nous en déduirons notre position sur les principales sources de financements envisageables.
1) Principes
Notre position est celle de la CJC, mais aussi celle de la LOPR et de l’arrêté du 7 août 2006 qui définit le doctorat comme "expérience professionnelle". Le statut normal du doctorant est donc la salariat, i.e. un revenu net et un revenu mutualisé et différé (cotisations) ; mais aussi l’accès à ce que l’employeur est tenu de mettre à disposition : les moyens de travail, c’est-à-dire des bureaux, du matériel, le remboursement des frais engagés pour les colloques et les recherches, etc.
On en est bien sûr très loin : pour les 80% de doctorants en SHS non financés, des sources de revenu très courantes sont la générosité des parents, les MacJob plus ou moins évolués, les allocations chômage, voire le RMI, en passant dans le "meilleur" des cas - on y reviendra - par la course aux vacations. Mais le fait que la situation actuelle soit souvent dramatique ne doit pas nous entraîner à faire des concessions sur le principe : que le travail des doctorants mérite un salaire à plein titre, et un salaire décent eût égard à leur niveau de formation.
Contribuer à combler l’écart entre la réalité et cet objectif implique de toucher aux parcours doctoraux dans leur ensemble, et pas seulement à "leurs conditions de financement". Ce point est en général abordé avec un accent malthusien : la limitation du nombre de doctorants. Ce n’est pas notre position de principe. En revanche la limitation du nombre de doctorants par directeur est prévue par l’arrêté du 7 août. Et nous sommes favorables à l’adoption franche du modèle de la thèse en trois ans. C’est une nécessité pratique : il est totalement irréaliste d’espérer des financements standard au-delà de cette durée spécialement pour les SHS, et d’espérer de surcroît que les employeurs non-académiques se mettrons à accepter l’âge élevé des docteurs en SHS qui continuent, faute de poste, à arriver sur ce marché de l’emploi. Les réserves épistémologiques sur le temps nécessaire pour construire l’objet en SHS ou sur la plus grande difficulté de la division du travail dans ces disciplines ne justifient pas qu’on condamne même les doctorants les plus favorisés (allocataires) à se débrouiller pour vivre entre les trois ans règlementaires et leur soutenance.
Mais ces considérations comptables (nombre de doctorants, nombre d’années) doivent surtout s’inscrire dans une série de modifications qui englobe tout le parcours doctoral :
en amont de la thèse : les laboratoires, et pas seulement les
directeurs, doivent se penser comme recruteurs de chaque doctorant, et
pas seulement les "accepter" en thèse ; l’élaboration du projet doit
s’inscrire dans les axes du laboratoire et ne pas être abandonné au
jeune doctorant (syndrôme de la première année passée à chercher son
propre sujet).
pendant la thèse : les doctorants doivent, matériellement et
symboliquement, être considérés comme des membres du laboratoire à
part entière. La direction strictement individuelle devrait céder la
place à des pratiques d’encadrement collectif.
en aval, les critères de qualification et de recrutement doivent
évoluer vers des dossiers réalisables en trois ans.
(Cette position de principe vaut bien sûr pour les thèses en formation initiale : la thèse doit pouvoir être réalisée en formation continue par les autres salariés, à condition que leur travail ne soit pas un petit boulot seulement destiné à financer la thèse.)
2) Types de financement
De ces principes se déduisent nos positions sur les différents modes de financement.
2.1) Libéralité.
Commençons par une victoire des jeunes chercheurs, expliquée au dernier salon des thèses par Joël Gombin : la résorbtion des libéralités (travail au noir). Rappelons aussi que des points noirs subsitent, l’ennemi numéro 1 demeurant la structure-écran du MAE, Egide ; mais aussi les bourses de la BNF, de la Fondation Charles de Gaulle, de l’Armée... Rappelons que, les libéralités étant tenues pour du travail au noir, la promotion de ces financements est un délit : nous demandons à nos abonnés de ne pas diffuser d’annonces pour ces financements douteux sur la liste ancmsp, mais au contraire de les adresser au bureau qui les fera remonter, via la CJC, au ministère.
2.2.) Alloc (et monitorat)
Autre victoire, les revalorisations de l’allocation de recherche. Cela peut passer pour un problème de riche ; mais le montant de l’allocation sert de référence à beaucoup d’autres financements (allocations régionales notamment) et est un enjeu symbolique considérable, en ce qu’il représente le salaire "normal" d’un jeune chercheur recruté à bac+5. La promesse du ministre Goulard de porter l’allocation à 1,5 SMIC (simple retour à son niveau initial, avant que l’inflation la fasse chuter) n’a certes pas été tenue : c’est une chose. Une autre est que cette promesse ne PEUT pas être tenue en l’état, du moins sans mobilisation des titulaires : en effet, une allocation à 1,5 SMIC plus un monitorat (qui doit demeurer un travail supplémentaire justifiant un complément de revenu) dépasse le salaire d’un MCF débutant. D’après le ministère, Bercy bloquerait un tel dépassement : notre position (celle de l’ANCMSP, mais pas de tout le monde à la CJC) est de considérer que c’est là un problème administratif et politique, et que la seule solution que nous avons à y apporter est d’encourager la mobilisation des MCF, dont chacun s’accorde à penser qu’ils sont sous-payés, et, par ricochet, des professeurs. Le revenu des doctorants a besoin que les titulaires se mobilisent pour le leur...
2.3.) ATER et demi-ATER
Sur les ATER, notre position de principe est qu’il doit s’agir de financements post-thèse : un service plein n’autorise pas un travail de recherche intensif, et le demi-service est sous-payé. Les recrutements MCF devraient pouvoir se faire largement dans le vivier des ATER docteurs : toutes disciplines confondus, 43% des jeunes MCF étaient, à la dernière session, ATER lors de leur recrutement. Peut-on citer UN SEUL exemple en science politique ?
Cependant, la perspective de la disparition des demi-ATER (qui n’a pas du tout été anticipée...), ou du moins de ceux ne correspondant pas à des services de titulaires en détachement/congé/etc., est une catastrophe : à la place de deux financements, certes beaucoup trop faibles, on aura un seul, et beaucoup trop exigeant en temps d’enseignement. Le choix, de la part des universités, de conserver les demi-ATER est un choix politique qui exige que les enseignants titulaires fassent pression afin de l’emporter sur les services comptables.
(Cela dit, on reparlera dans l’intervention sur les recrutements de la manne de postes de titulaires que représentent la grosse moitié d’ATER qui pourraient être convertis...)
2.4.) Vacations
On passe maintenant à l’enfer de l’enseignement supérieur : les vacations. Censées être des équivalents de monitorat, elles servent de financement unique à un nombre considérable de jeunes chercheurs - dont on peut même pas estimer le nombre. La limite de 96h par an, soit environ 300 euros par moi, payés avec des mois de retard, impose soit de multiplier les autres sources de revenu précaire, soit de ruser en utilisant des prête noms, en montant des sociétés...
2.5.) CIFRE
Les contrats CIFRE ont suscité beaucoup d’intérêt au dernier salon des thèses. Depuis qu’ils sont ouverts à presque toutes les structures de droit français possibles, elles cnstituent un gisement de financements considérable, bien au-delà des 100 financements/an en SHS (2004, à comparer aux 630 AR). Reste qu’une fois encore, les équipes doivent s’investir pour négocier les conventions, afin que la thèse soit vraiment réalisable et exploitable par le doctorant.
2.6) Allocations régionales
Même remarque pour les allocations régionales : une forte implication du laboratoire permet de les obtenir en plus grand nombre que les AR : c’est le cas à Grenoble.
2.7) Faire feu de tout bois...
D’une manuère générale, accorder une véritable place, matériellement et symboliquement, aux doctorants dans les laboratoires, permettrait de multiplier les initiatives pour monnayer leur compétence dans des secteurs valorisant : expertise, formation continue...