Diffusé par l'ANCMSP le dimanche 8 août 2010 · Imprimer
Après un premier rapport d’étape, très critiqué, en janvier 2010, l’économiste Philippe Aghion a rendu son rapport final à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche en juillet 2010.
Trois recommandations
Voici une rapide analyse des trois recommandations du rapport. On se dispensera de commenter les graphiques, certes très ludiques, de l’auteur, mais sans grand intérêt autre que cosmétique.
Les recommandations 1 et 2 (moyens significatifs et autonomie réelle) conduisent à une recherche de qualité, et la recommandation 3 conduit à une orientation de meilleure qualité. Comme quoi, même en s’inspirant principalement d’universités américaines heurtées de plein fouet par la récession économique, on peut arriver à régler tout ce qu’il y a à régler dans le système d’enseignement supérieur et de recherche français : un excellent rapport si l’on s’en tient à la lettre de mission !
Le problème réside naturellement dans le tout dernier point du rapport (Aghion II, p. 58) : “Ces recommandations nécessitent un engagement financier des Etats européens nécessaires au vu des retours socio‐économiques attendus.” La France s’est engagée, à chaque fois qu’on lui en faisait la demande (et en prenant même parfois l’initiative), à augmenter le budget dévolu à la transition vers une “société de la connaissance” et autres knowledge and innovation economies européennes.
Dream on… et realpolitik universitaire
Outre le penchant “productiviste” du rapport, déjà souligné par ses critiques, on doit surtout s’interroger sur la pertinence d’un exercice aussi idéaliste que celui proposé par le rapport. Les variables lourdes du système universitaire (budgets et organisation institutionnelle) ont très peu de chances d’attirer une nouvelle initiative gouvernementale dans les années à venir, étant donné que le nécessaire a été réalisé au niveau législatif pour s’assurer précisément que l’État ne porterait plus de responsabilité dans ces domaines, via un désistement de la tutelle exercée sur les présidents d’université dopés à la responsabilité élargie et désormais à la tête d’une entreprise où la majorité des personnels n’appartient déjà plus à la fonction publique.
Il est parfois recommandable, pour effectuer une carrière dans certaines spécialités des sciences économiques, de travailler sous des hypothèses assez détachées du champ des réalités pratiques. Pour réformer l’enseignement supérieur et la recherche, peut-être vaudrait-il mieux commencer par un peu de realpolitik universitaire, en chiffrant précisément les moyens financiers et humains que requiert un système d’enseignement supérieur et de recherche d’excellente qualité.
Sources : rapports Aghion, parties 1 et 2, MESR (communiqué du 26 janvier 2010 et présentation du 12 juillet 2010). Le rapport final est disponible ci-dessous.