Association Nationale des Candidats aux Métiers de la Science Politique (ANCMSP)

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Bonne année 2020, sans retraite, ni chômage, ni carrière universitaire !

Diffusé par l'ANCMSP le jeudi 9 janvier 2020 · Imprimer

L’ANCMSP vous adresse ses meilleurs voeux de courage politique pour l’année 2020.

2020, année symbolique de la perfection scolaire, annonce des lendemains qui chantent pour le service public universitaire. Emmanuel Macron l’a annoncé dans son discours du 31 décembre : en 2020, “il nous faudra savoir faire des choix clairs, investir dans l’avenir, dans notre jeunesse, dans notre recherche, dans de nouveaux modèles et nous projeter à l’horizon de cette décennie”.

Pour les jeunes chercheur·se·s, l’horizon compliqué se clarifie en même temps que la politique de destruction du service public universitaire menée par le gouvernement. A ce train infernal, il équivaudra pour de nombreux précaires à la fin de leurs droits sociaux -au chômage, à la retraite- et de leurs perspectives de carrière universitaire.

NI RETRAITE

En plein mouvement contre la réforme des retraites, 2020 s’entame, pour beaucoup, mobilisé·e·s. Depuis le 5 décembre 2019, de nombreux·ses chercheur·se·s, enseignant·e·s, administrateur·trices, doctorant·e·s, docteur·e·s et étudiant·e·s se mobilisent contre le projet de loi Retraites, en manifestant, en se réunissant en AG, se mettant en grève, ou en organisant des blocages.

L’ANCMSP a proposé le 11 décembre dernier un tableau recensant ces mobilisations(1). Nous remercions ceux et celles qui l’ont rempli et vous encourageons à le faire ou à mettre à jour les informations si votre université manque à la liste ou que la situation y a changé.

1er bilan : d’après le tableau, dans notre discipline, à la mi-décembre 2019, au moins 2 IEP (Lille, Toulouse) et 10 Universités (Rennes 2, Evry-Paris-Saclay, Paris 1, Tours, Picardie-Jules Verne, Lille, Paris Est, Poitiers, Lyon 2, Bretagne Occidentale) se mobilisaient contre le projet de loi Retraites, en organisant des AGs d’étudiant·e·s et des personnels (12/12), des grèves de personnels (7/12) et des blocages (5/12).

Ces mobilisations se sont souvent faites au gré de la répression policière, comme à l’IEP de Lille, à Lyon 2 ou à l’Université de Bretagne Occidentale, où les forces de police ont tenté d’arrêter des étudiant·e·s, dans la bibliothèque, sur le campus universitaire, alors qu’ils/elles distribuaient des tracts. Elles se sont aussi faites en dépit des fermetures administratives préventives décidées par les présidences d’Université (comme à Paris 1 ou à Lyon 2), et empêchant toute mobilisation étudiante d’ampleur contre le projet de loi Retraites.

Le premier semestre 2020 s’annonce donc agité, avec déjà de nombreuses sessions de partiels décalées, et des préavis de grève susceptibles d’être reconduits après le 4 janvier. L’ANCMSP se joint à l’appel des syndicats, de prolonger et d’étendre la grève en usant des modes d’action les plus efficaces possibles, mais aussi les plus protecteurs des enseignant·e·s précaires. Nous rappelons en effet que, si l’ANCMSP s’est toujours prononcée contre la vacation, elle plaide, en même temps que pour sa suppression, pour son remplacement par des postes plus stables (contrats doctoraux, contrats d’ATER, postes permanents).

La grève, les blocages, la rétention des notes, avec mise en place d’une caisse de grève et dialogue continu entre collègues, sont les meilleurs moyens pour stopper la production des diplômes tout en protégeant les enseignant·e·s vacataires, les plus susceptibles de pâtir du mouvement (par non-reconduction de leurs enseignements, non paiement de leurs heures ou non-recrutement).

NI CHÔMAGE

Si nous devinons son impact sur les jeunes chercheur·se·s, nous ne connaissons pas encore le détail du projet de loi Retraites. Nous savons en revanche que le décret relatif au régime d’assurance chômage, si on a peu parlé, percutera frontalement, à compter du 1er avril 2020(2), les revenus de très nombreux·se·s précaires ayant alterné différents contrats courts et période de chômage durant la thèse ou l’après-thèse.

Parmi les changements phares de cette mesure passée incognito le 26 juillet dernier(3) :

  • Il faudra cotiser 6 mois au lieu de 4 pour ouvrir ses droits au chômage - 1 milliard d’euros d’économie pour le gouvernement et 710 000 personnes perdant leurs droits au chômage en 2021 et 2022.
  • Les droits seront calculés sur base du salaire moyen de toute la période, chômée ou travaillée, et non plus sur les seuls jours travaillés - 850 000 nouveaux allocataires ayant alterné travail et chômage perdront en moyenne 22% d’indemnités (passage de 905 à 708€ en moyenne).
  • Toute reprise d’activité de moins de 6 mois (contre 1 mois dans l’ancien système) entraînera la fin définitive des allocations chômage (et non plus leur report au moment du retour au chômage).
  • L’indemnisation partielle par Pôle emploi en cas d’emploi moins rémunéré que le précédent contrat ne sera plus possible.

Les doctorant·e·s et docteur·e·s, alternant contrats précaires et chômage, cumulant les statuts, ayant recours au statut d’auto-entrepreneur, aux vacations ou à d’autres formes de rémunération para-légales seront les premiers touchés par cet effondrement des droits. A terme, cette réforme pourrait avoir un effet quasi-comique de pénurie de vacataires dans les universités, puisqu’elle abolit le système incitatif qui permettait aux chômeur·e·s de trouver un travail même de courte durée et sous-payé (comme une vacation en tant qu’ATV).

NI CARRIÈRE

La perspective d’une belle carrière pourrait conforter les doctorant·e·s et docteur·e·s en situation précaire. Ils et elles connaissent pourtant les conditions du marché de l’emploi académique en sciences sociales(3), qui ne trouvera pas son salut dans la Loi Pluriannuelle Pour la Recherche (LPPR), dont l’entrée en vigueur est prévue début 2021.

Si son application suit les préconisations des trois rapports publiés en fin d’année, cette loi consacrera la fin de la carrière universitaire telle que nous la connaissons, et son alignement avec ce qui est perçu comme les “standards internationaux” :

  • Suppression de la qualification (“obstacle à des recrutements de qualité”, d’après le rapport GT-2) et de la référence aux 192hTD.
  • Suppression de la distinction entre professeur·e·s et maîtres.sse de conférences, “qui n’a sans doute plus vraiment lieu d’être aujourd’hui”.
  • Modulation des services des enseignant·e·s-chercheur·se·s par la “régulation collective”, selon les besoins des composantes.
  • Renforcement du contrôle par évaluation et de l’HCERES.
  • Renforcement de la recherche par projets nationaux et européens

Pour les jeunes chercheur·se·s, les perspectives de carrière s’annoncent florissantes, avec la création du miraculeux “contrat à durée indéterminée de mission scientifique” (tout de même déterminé, entre 3 et 6 ans), adossé à des projets scientifiques d’envergure nationale (type ANR). De même, le rapport prévoit des contrats uniques de post-doc “jeune chercheur”, qui “engloberaient” mystérieusement les contrats d’ATER.

Ces contrats seraient destinés à “dé-précariser” les docteur·e·s, qui n’en seront pas moins toujours précaires - puisque non-titulaires, et constituent selon le rapport ”une vraie réponse aux situations de précarité des jeunes chercheurs en favoris[ant] leur installation dans la vie active”. L’augmentation simple et massive des postes de titulaires, en chute continue depuis 2012, ne semble pas pour les rapporteurs digne d’une “vraie réponse aux situation de précarité des jeunes chercheurs”. Au contraire, pour les rapporteurs, relancer l’emploi scientifique doit se faire en maintenant le nombre de postes permanents, et en inventant des CDI à durée déterminée pour prolonger la précarité des docteur·e·s de 3 à 6 ans !

BONNE ANNÉE 2020 !

En 2020, nous nous souhaitons donc courage politique et force de mobilisation collective !

Bloquons nos lieux de travail, parlons-nous, comptons-nous et soyons solidaires entre collègues, en particulier les moins visibles, renseignons-nous, informons-nous et les autres, réunissons-nous en AG, mettons-nous en grève des examens, en rétention des notes, et mobilisons-nous pour le service public universitaire.

Le Bureau de l’ANCMSP

(1) D’autres initiatives similaires restent à centraliser, notamment une via un document en ligne, ou sur le site de Sauvons l’Université.
(2) Date d’entrée en vigueur du nouveau calcul des droits, une partie de la réforme étant déjà mise en application depuis le 1er novembre 2019.
(3) Pour une analyse détaillée, voir : Unédic, Note d’impact sur la réforme de l’assurance chômage, septembre 2019 ; Mediapart, “Ce que le gouvernement fait aux chômeurs”, 28 octobre 2019.
(4) Voir sur ce point les bilans des recrutements 2018 et 2019 de l’ANCMSP, à venir.